En matière de sexe, dans la nature la norme c’est la diversité

Patrick Morier-Genoud

Par Patrick Morier-Genoud · Publié le 19 janvier 2024 · 7 min de lecture

En matière de sexe, dans la nature la norme c’est la diversité
Non seulement les escargots sont hermaphrodites, en plus ils s’étreignent pendant une dizaine d’heures lors de l'accouplement. - © DR

Femelles se reproduisant sans mâle, crapauds obsédés sexuels, girafes gays, mouettes bisexuelles, oiseaux draguant en offrant des fleurs, bonobos exhibitionnistes… L’excellent livre «Bêtes de sexe, la diversité amoureuse des humains et des autres animaux» de Marc Giraud et Annabelle Pongratz, qui vient de paraître aux Editions Delachaux et Niestlé, est un formidable voyage au cœur de la sexualité des animaux – dont nous, Homos sapiens.

Sommaire

La sexualité est la plupart du temps traitée selon des points de vue moraux, binaires même. Il y a ce qui est bien et ce qui est mal. Ce qui est mâle et ce qui est femelle. Ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. Ce qui est obscène et ce qui est érotique. Ce qui fait jouir et ce qui fait fuir. Soit on copule comme des bêtes, soit on fait l’amour comme des humains. C’est très réducteur. Cela vient peut-être du fait que, depuis fort longtemps, Homo sapiens se pense supérieur aux autres animaux dont il doit absolument se différencier. Sinon, il se sent dévalorisé. Ça nous coupe de beaucoup de choses, nous oblige à tout surinterpréter, notamment la sexualité.

Le homard qui séduit en faisant pipi par les yeux

Or, lorsqu’on l’aborde d’un autre point de vue, plus factuel, on s’aperçoit que la sexualité est tout à la fois banalement fonctionnelle et merveilleusement multiple. Banalement fonctionnelle car elle est «ce qui prolonge l’espèce et la rend pérenne», merveilleusement multiple car elle prend des formes d’une grande variété, bien au-delà de la position du missionnaire ou de la levrette. Bêtes de sexe, du naturaliste et spécialiste en zoologie Marc Giraud et de la psychologue et sexologue Annabelle Pongratz, est un formidable voyage au cœur de la sexualité des animaux – dont nous, Homos sapiens. Il nous fait découvrir «les femelles qui se reproduisent sans mâle, les crapauds obsédés sexuels, les mouettes bisexuelles, les girafes gays, les mouflons asexuels, l’oiseau qui drague en offrant des fleurs, le homard qui séduit en faisant pipi par les yeux, la ceinture de chasteté du hérisson, le mâle qui a des règles, celui qui vit dans sa partenaire, les exhibitions des bonobos…» et aussi la «fantastique variété des mœurs de notre propre espèce». N’en déplaise aux puritains et aux puritaines de toutes sortes, ainsi qu’à celles et ceux qui pensent savoir ce qui est juste et ce qui est faux (il y en a autant chez les phallocrates que chez les wokes), la sexualité d’Homo sapiens est en effet elle aussi «d’une sacrée liberté inventive.»

Pour (bien) commencer, les auteurs nous informent que la sexualité aurait débuté il y a 1,5 milliard d’années, avec les eucaryotes. «La reproduction sexuée met en jeu deux êtres différents pour en créer un ou plusieurs nouveaux: c’est le contraire de la division binaires qui produit deux êtres semblables à partir d’un seul.»  Cette phrase mérite d’être méditée, surtout par les parents qui font tout pour que leurs enfants soient une copie d’eux-mêmes.

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Patrick Morier-Genoud