Crédits militaires: se pose-t-on les bonnes questions?


Ce fut l’un des grands sujets de division au Parlement fédéral ces dernières semaines. Le Conseil des États a souhaité diviser par deux le budget du nouvel équipement militaire s’élevant à 200 millions de francs, ce que le Conseil national a refusé. Au centre des discussions, les gilets à 3000 francs pièce, prévus pour tous les militaires, des fantassins aux cuisiniers. Derrière cette polémique se cache une véritable question de fond: quelles doivent être les priorités de nos crédits militaires? Et surtout, plus largement, comment l’armée suisse doit-elle assurer sa mission, à savoir nous protéger?
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La presse romande n’en a quasiment pas parlé. Une courte vidéo explicative du Temps, à la rigueur, ainsi que deux articles informatifs similaires du matin.ch et de swissinfo.ch. Pourtant, les débats ont été agités à Berne, et les argumentaires de nos élus ont intéressé les médias suisses allemands. 100’000 gilets de protection à 3000 francs pièce voulus par l’armée suisse: c’est l’une des particularités de ce budget militaire, que le Conseil des États a voulu diviser par deux. Le Conseil national ne l’a pas entendu de cette oreille, votant à 128 voix contre 63 contre cette réduction le jeudi 13 septembre dernier. C’est le bloc formé par le PDC, le PLR et l’UDC qui a fait pencher la chambre basse vers un refus. La gauche, elle, était très critique sur cette question des gilets. Pour Lizza Mazzone (Les Verts, Genève), tout est une question de mesure: «Qu’une personne derrière un ordinateur ait cette veste, oui, ça pose un problème de mesure. Même la police n’a pas pour tous ses membres une veste de ce type-là.» Carlo Sommaruga (PS, Genève), quant à lui, s’interroge sur le gaspillage que représenterait cet équipement: «Ces vestes seront du matériel de corps et non du matériel personnel; il est donc vraisemblable qu’ils resteront dans les arsenaux.» Le camp bourgeois voit au contraire une nécessité pour l’armée de pouvoir compter sur un équipement complet pour les situations où tous les soldats doivent être protégés. «La protection balistique corporelle individuelle est un élément logistique, essentiel voire même vital de cet équipement», assure Guy Parmelin. Nous noterons que l’usage de la redondance «voire même» est une très mauvaise habitude de nos politiciens et pourrait figurer dans la rubrique d’anthologie «Sans commentaire» de la revue française Commentaire. Mais revenons au fond du débat. Un autre argument invoqué par les défenseurs de ce budget est le principe de l’uniformité des équipements à l’armée. «S’il n’est pas possible d’acquérir cet élément en quantité suffisante, c’est le principe même de l’équipement complet de l’armée qui ne sera pas respecté.» Or un principe est-il véritablement immuable, éternel et pertinent? Certainement pas. Mais là n’est pas la question la plus intéressante. En réalité, les politiciens suisses traitent en permanence de chiffres, d’effectifs, mais jamais de la question primordiale: de quelle manière l’armée doit-elle ou veut-elle remplir sa mission de défense?




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