Réservé aux abonnés

Destin d’une amitié

Publié le 6 juin 2018 · 4 min de lecture

Destin d’une amitié
Gide et Malraux à Roquebrune-Cap-Martin, 1941. - © Florence Malraux

S'ouvrir à la surprise de la redécouverte littéraire, artistique; changer de longueurs d’onde, prendre du champ, bref: se montrer in#actuel. Autrement dit, indocile. Une autre façon encore d’aborder l’actualité.

Durant toute la première moitié du XXe siècle, André Gide (1869-1951), on l’a un peu oublié, occupa une place tout à fait considérable. Son prestige, notamment auprès de la génération qui eut vingt ans dans l’entre-deux guerre, fut immense. Qui fit des Nourritures terrestres, le livre de Gide peut-être le plus célèbre, un véritable bréviaire. «Nathanaël, je t’enseignerai la ferveur. Nos actes s’attachent à nous comme sa lueur au phosphore. Ils nous consument, il est vrai, mais ils nous font notre splendeur. Et si notre âme a valu quelque chose, c’est qu’elle a brûlé plus ardemment que quelques autres.» Et, pour plusieurs jeunes écrivains, le futur Prix Nobel de littérature qui publie alors quelques-uns de ses ouvrages majeurs, Paludes, Si le grain ne meurt, La Symphonie pastorale, fait figure de mentor, de directeur de conscience. Ainsi à sa disparition, un Jean-Paul Sartre dans Les Temps modernes saluera en Gide «un exemple irremplaçable, parce qu’il a choisi… de devenir sa vérité.»

Sur cette influence, difficilement concevable aujourd’hui, les tenants de l’ordre, ne s’y trompèrent pas. Tel l’écrivain Henri Massis (1886-1970), champion de la réaction, qui n’eut de cesse de fustiger l’emprise pernicieuse exercée sur la jeunesse par l’auteur de L’Immoraliste. D’autant que le même Gide, n’avait pas craint de s’en prendre au colonialisme dans son Voyage au Congo. Et plus tard, on le verra se rendre à Berlin en compagnie d’André Malraux (1901-1976) pour exiger la libération de Thaelmann et Dimitrov, les prétendus incendiaires du Reichstag. Car parmi les proches de Gide, il y a l’auteur de La Condition humaine. Un compagnonnage qui n’est pas que politique. Leurs relations, teintées de beaucoup de respect de la part du cadet, est déjà ancienne, remonte à 1922. Malraux, en outre, a édité, ce que l’on sait moins, plusieurs livres de son aîné, comme nous le rappelle Jean-Pierre Prévost dans un magnifique ouvrage qui vient de paraître consacré à l’amitié Gide-Malraux, ouvrage richement illustré grâce à la Fondation Catherine Gide.

«La littérature n’a pas à se mettre au service de la Révolution»

Lorsque Malraux rencontre Gide, il a à peine plus de vingt ans et vient tout juste de publier Lunes en papier, ouvrage très influencé par le surréalisme. Il travaille alors pour Kahnweiler et commence à publier des éditions de luxe. Et c’est tout naturellement qu’il sollicite son aîné. C’est ainsi qu’il fait paraître Aux Aldes Le Roi Candaule.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

De Saint-Ursanne à Boncourt dans l’Ajoie heureuse

CultureArticleLibre

De Saint-Ursanne à Boncourt dans l’Ajoie heureuse

Nous reprenons ici le récit du tour de la Suisse à pied commencé l’été dernier. Aujourd’hui, la dernière étape: Develier - Le Sommet - Les Ordons - Col des Rangiers - La Caquerelle - Outremont - Saint-Ursanne - Séleute - Les Chainions - Porrentruy - Le Grand Fahy - Mormont - Courtemaiche - Buix - Boncourt.

Guy Mettan

De Bâle à Delémont avec le Père Dominique

CultureArticleLibre

De Bâle à Delémont avec le Père Dominique

Nous reprenons ici le récit du tour de la Suisse à pied commencé l’été dernier. Aujourd’hui: Bâle - Aesch - Tschöpperli - Blattepass - Blauepass - Mätzlerlechrüz – Laufen – Laufon - Röschenz - Huggerwald - La Réselle - Soyhières - Vorbourg - Delémont – Develier.

Guy Mettan

Balade chez les anthroposophes de Dornach

CultureArticleLibre

Balade chez les anthroposophes de Dornach

Nous reprenons ici le récit du tour de la Suisse à pied commencé l’été dernier. Aujourd’hui: Welschenrohr - Hunter Brandberg - Obere Tannmatt - Scheltenpass - Hohe Winde - Kloster Beinwil - Meltingerberg Bergwirtschaft - Meltingen – Ibach – Chessiloch – Grellingen – Dornach.

Guy Mettan

Quatre jours d’errance dans les replis du Jura

CultureArticleLibre

Quatre jours d’errance dans les replis du Jura

Nous reprenons ici le récit du tour de la Suisse romande à pied commencé l’été dernier. Aujourd’hui: Le Landeron - La Neuveville - Gléresse (église) - Douanne - Alfermée - Bienne - Gorges du Taubenloch - Frinvillier - Plagne - Montagne de Romont - Stierenberg – Untergrenchenberg - Pré-Richard - Court - Gorges de Court - Moutier - Cabane du Mont-Raimeux - Le Petit Pré - Corcelles - Gänsbrunnen - Welschenrohr.

Guy Mettan