A Damas, l’art comme acte de reconstruction
© DR
Damas. Il faut d’abord imaginer le lieu. Sur les berges du fleuve Barada presque à sec, à quelques pas du Musée national de Damas, une immense structure de béton brut dresse ses volumes inachevés. Masar Rose devait être un centre pour enfants, dessiné par l’agence danoise Henning Larsen Architects, inspiré par la forme de la rose de Damas, porté par l’ancienne première dame Asma al-Assad. Le chantier s’est arrêté sec en 2011, quand le pays a basculé dans la guerre civile. Depuis, le bâtiment est resté là, squelette interdit d’accès, laissant le soleil traverser ses coursives ouvertes. C’est dans cette ruine qui n’a jamais été une ruine, mais un inachèvement, que s’est tenue la première Semaine de l’art en Syrie. Le symbole est trop parfait pour être ignoré, et personne parmi les organisateurs n’a cherché à le dissimuler. «Je passe toujours devant cet endroit, son architecture m’attire», explique aux micros des journalistes Line Kouwatli, fondatrice et directrice de la Syria Art Week. Le lieu était inaccessible; aujourd’hui, c’est une scène ouverte, aux mains des artistes.
Un projet né le lendemain de la chute
Collectionneuse née à Paris, installée entre Dubaï et Damas, Line Kouwatli a formulé l’idée dans les semaines qui ont suivi l’effondrement du régime de Bachar el-Assad, en décembre 2024. Le diagnostic qu’elle pose sur la scène syrienne est sans complaisance: il n’existe pas d’écosystème artistique dans le pays. Les galeries ont fermé, les institutions se sont vidées, les artistes sont privés de plateforme...
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