Locarno à l’heure anglaise: de belles retrouvailles


La rétrospective «Great Expectations – Le cinéma britannique de l’après-guerre (1945-1960)» du 78e Festival de Locarno n'a pas déçu. Dans un contexte de réadaptation à une économie de paix, le caractère britannique y révèle ses qualités et faiblesses entre comédies grinçantes et récits criminels. Grands cinéastes et petits maîtres ont été également à l'honneur, avec un tiers des titres à présent repris à la Cinémathèque de Lausanne.
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Sans doute faut-il avoir l’esprit un peu historien pour vraiment apprécier le cinéma d’un passé relativement lointain. Mais quel voyage que ces rétrospectives qui vous projettent à la fois ailleurs dans l’espace et dans le temps! Explorée au Royaume-Uni après l’Allemagne et le Mexique, la période de l’après-Seconde Guerre mondiale était à nouveau à l’honneur à Locarno cette année. Rien de plus normal: cette époque a vu l’apogée et le déclin du fameux «système des studios», merveilleusement organisé pour le meilleur et terriblement exclusif pour le pire, qui a produit un art aussi passionnant que sophistiqué, marquant pour longtemps nos imaginaires. Et n’en déplaise au jeune François Truffaut, cet art a tout autant existé en Angleterre qu’aux Etats-Unis, en France, en Italie ou au Japon!
Programmateur d’origine iranienne qui a travaillé au British Film Institute, la cinémathèque de Londres, avant de co-diriger Il Cinema Ritrovato à Bologne, principal festival dédié au cinéma de patrimoine, Ehsan Khoshbakht était l’homme de la situation. Qui de mieux que ce cinéphile passionné au regard décalé pour ramener à la lumière ce cinéma pas toujours apprécié à sa juste valeur? A travers une quarantaine de titres choisis parmi le millier produits durant la période, il a remporté le pari d’un programme cohérent et stimulant. Règle d’or de cette sélection: pas de films à l’action située dans le passé ou à l’étranger, pas de films de guerre (le genre alors dominant) ou de fantastique (genre promis à un bel avenir), juste des films qui témoignent le plus directement de l’état de la nation tout en cherchant bien sûr à divertir.
Sur fond de précarité pour le plus grand nombre, on y aura vu beaucoup d’hommes en fuite et de femmes insatisfaites, de criminels sans cœur et de religieux dépassés, sous l’œil heureusement vigilant de Scotland Yard. Les ruines du Blitz rappellent un trauma récent, le noir et blanc accentue les contrastes de classe aussi bien que la grisaille d’une reprise économique hautement polluante. La bière, le whisky et le sherry coulent à flots, et si les vertes prairies du bocage anglais furent toujours une réalité reposante, ce cinéma n’en fit guère cas. Dans le grand chacun pour soi promu par le retour à la libre entreprise, c’est à peine si quelques petites utopies sociales voient le jour. Mais elles ne pèsent pas lourd face à un quotidien fait de petits arrangements avec sa conscience.



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