Réservé aux abonnés

Notre inavouable nostalgie du sacré

Par David Laufer · Publié le 27 décembre 2024 · 5 min de lecture

Notre inavouable nostalgie du sacré
A l'intérieur de la basilique Saint Pierre, au Vatican. - © DR

Des films et des séries à gros budget ont récemment mis en scène et dramatisé des institutions qui, dans un passé encore proche, étaient entourées d'un sacre absolu, comme la papauté ou la monarchie anglaise. Ils masquent mal notre nostalgie collective.

Sommaire

Après la série Young Pope, et les films Two Popes ou Habemus Papam, nos écrans viennent de nous livrer Conclave, un film de l’Allemand Edward Berger sur la cérémonie du même nom. Impensables il n’y a pas vingt ans, par simple manque d’intérêt, ces œuvres filmées nous invitent à visiter le Vatican en coulisse. Servis par des acteurs de grande renommée − Jude Law, Anthony Hopkins, Michel Piccoli ou Ralph Fiennes − ces séries et ces films ont en commun de ne pas nous servir des actes d’accusation en règle contre la plus vieille institution de l’histoire. Pas un n’a la prétention d’être un réquisitoire, ni contre le Vatican, ni contre l’Eglise catholique, ni même contre la foi. Chacun explore, souvent avec un humour décalé et une authentique érudition, une facette ou l’autre de ces hommes et de ces rites d’un autre âge. Et c’est peut-être là que se trouve la clé de compréhension de toutes ces œuvres: elles n’ont même pas besoin d’être critiques. Manifestement, le mal est fait. Progrès scientifiques et scandales de pédophilie organisée aidant, l’église catholique est passée en moins d’un demi-siècle de force structurante de la société en hobby dominical pour une frange d’originaux − moins de 7% de la population de la France, autrefois fille aînée de l’Eglise.

Il en va de même pour une autre vénérable institution, la monarchie anglaise. La série à succès The Crown, les films The Queen ou The King’s Speech explorent tous en détail les dessous de la cour de St James. Comme le Vatican, Buckingham est exploré avec des budgets titanesques, des acteurs célèbres et parvient à drainer des audiences record. Et comme dans le cas des papes, les monarques anglais sont dépeints comme des humains au destin extraordinaire mais sans acrimonie ou esprit de revanche. Il est certain que le soutien des Anglais, et des peuples des onze autres monarchies européennes encore en exercice, reste majoritaire. Mais on devine bien, lorsqu’on observe l’histoire, que ces modes de gouvernement ne résisteront probablement pas au monde qui vient.

Disséquées comme un vulgaire insecte

C’est par leur existence même que ces œuvres sont accablantes pour les institutions qu’elles décrivent. En explorant la vie d’Elisabeth II ou d’un pape imaginaire ou réel, ces films indiquent que ceux-ci sont déjà devenus des objets de musée, sous globe et pourvus de petites notices explicatives. Plus rien de sacré ne les habite, plus aucune révérence n’est désormais nécessaire. On ne retient plus son souffle, on n’a plus besoin de baisser la tête ou de parler à voix basse. On les observe tranquillement dans son canapé en se demandant oisivement comment ces êtres de chair et de sang ont pu, dans un passé pas si lointain, exercer un tel pouvoir et inspirer une telle déférence.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Echange de lettres avec Brigitte Bardot

CultureArticle

Echange de lettres avec Brigitte Bardot

A l’été 2009, la star disparue fin décembre répondait par écrit à une invitation du festival de philosophie que j’organisais à Saint-Maurice sur le thème de l’homme et l’animal. Ces courriers manuscrits, publiés pour la première fois, révèlent la cohérence intime d’un choix de vie radical et souvent incompris, ainsi qu’un geste de profonde humanité.

Guy Mettan

Orson Welles, grandeur et démesure d’un créateur libre

CultureArticle

Orson Welles, grandeur et démesure d’un créateur libre

Que l’on soit cinéphile ou pas, il faut lire «Orson Welles - Vérités et mensonges» d’Anca Visdei. Il en surgit un personnage unique tant il a accumulé de talents: metteur en scène, scénariste, comédien, virtuose à la radio et à la télévision, et chroniqueur politique engagé pour la démocratie. Sa puissance dans le succès comme dans l’échec, ses incessants rebonds, son obstination jusqu’au dernier souffle sont une leçon de vie.

Jacques Pilet

Et si Dieu préparait son retour

CultureArticle

Et si Dieu préparait son retour

Nous sommes passés des cathédrales à Netflix, de la prière à l’algorithme, persuadés d’avoir vaincu l’ignorance et dompté le monde. L’Occident a remplacé Dieu par la science, la foi par la consommation, la communauté par l’individualisme. Mais le besoin de sens refait surface et les conditions pour un véritable retour de Dieu semblent réunies.

David Laufer

A Iquitos avec Claudia Cardinale

CultureArticle

A Iquitos avec Claudia Cardinale

On peut l’admirer dans «Il était une fois dans l’Ouest». On peut la trouver sublime dans le «Guépard». Mais pour moi Claudia Cardinale, décédée le 23 septembre, restera toujours attachée à la ville péruvienne où j’ai assisté, par hasard et assis près d’elle, à la présentation du film «Fitzcarraldo».

Guy Mettan