La sélection, clé de voûte de l’art

Publié le 18 octobre 2024

« L’Agneau mystique », polyptyque peint sur bois en position ouverte, Hubert van Eyck, Jan van Eyck, Gand, 1432.

Une visite à Gand et ses merveilles de la Renaissance offre une occasion de se demander comment on sélectionnait les artistes alors, et comment on s'y prend aujourd'hui. Et pourquoi cette sélection détermine en grande partie notre perception de la scène artistique.

Il faut payer cher pour voir ce tableau dans la cathédrale Saint-Bavon de Gand. C’est probablement le seul cas au monde où l’on doit débourser pour ne voir qu’une seule œuvre. Il s’agit du fameux Retable de Gand, ou L’Agneau mystique, des frères Hubert et Jan van Eyck, achevé en 1432. Ces 16 euros sont justifiés lorsqu’on considère, d’une part, qu’il s’agit probablement de la peinture la plus significative de l’histoire de l’art, et d’autre part qu’elle a été volée, entre autres et par Napoléon et par Hitler, au total plus de sept fois en six siècles.

Une fois confronté à cette composition de vingt-quatre panneaux peints, protégés par une cage de verre isotherme, on ne peut que s’émerveiller. Seule, peut-être, La Dame à la licorne du Musée de Cluny à Paris peut procurer un effet semblable: celui de constater l’évidence et l’universalité du génie humain. Dans cette Europe septentrionale qui a vu les hommes s’égorger sans relâche pour des querelles dynastiques ou religieuses, Jan van Eyck agit comme un contrepoison d’autant plus souverain qu’il demeure bien après que les armes se sont tues.

Religieux dans sa thématique, ce retable est en plus exposé dans une cathédrale. C’est un avantage considérable lorsqu’on sait que la majorité des œuvres religieuses ont été retirées de leur biotope naturel et exilées dans des musées. C’est là que réside l’un des plus grands attraits de cette œuvre, qui apparaît comme contradictoire. Pensé comme une célébration de la divinité, ce retable est effectivement une...

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