Non, le PLR n’est pas «conservateur» parce que pro-nucléaire…

Publié le 18 février 2022

La centrale nucléaire de Gösgen (Soleure), en service depuis 1979. – © DR

Lors de son congrès du 12 février dernier, le Parti libéral-radical (PLR) a décidé de soutenir le recours à des centrales nucléaires de nouvelle génération. Au 19h30 du même jour, la correspondante de la RTS, qui était présente au Congrès, a conclu son reportage en affirmant que les délégués du PLR confirmaient ainsi la ligne «conservatrice» prise par le nouveau président Thierry Burkart. Ne pas se fermer aux évolutions technologiques de l’énergie nucléaire, ce serait donc conservateur! Mais encore…

On le sait, la question d’une pénurie d’électricité en Suisse à moyen terme se pose. Le conseiller fédéral Guy Parmelin avait surpris plus d’un, en octobre dernier, en communiquant sur le fait que l’approvisionnement énergétique du pays pourrait manquer dès 2025. Certaines personnalités du PLR s’étaient illustrées ces derniers mois dans le débat public en se disant ouvertes au nucléaire de nouvelle génération, ayant l’avantage d’être une énergie indigène neutre en C02. Réuni en assemblée à Montreux le samedi 12 février, le parti bourgeois a adopté, à un score quasi soviétique (247 «oui» contre 9 «non» et 4 abstentions), une résolution visant à ne pas fermer la construction de nouvelles centrales. Celle-ci, selon le papier de position ayant résulté d’une riche discussion parmi les membres, ne doit cependant être envisagée qu’en dernier recours.

Un jugement de valeur plus qu’une analyse politique

Cela, le président du PLR Thierry Burkhart l’a résumé au micro de la RTS: «Le PLR n’a jamais demandé de construire immédiatement une nouvelle centrale. Par contre, nous avons toujours dit que nous voulions rester ouverts aux nouvelles technologies, aux évolutions et innovations du futur. Et s’il y a un jour un besoin, alors on doit pouvoir reparler du nucléaire.» Mais quel n’a pas été le qualificatif utilisé par l’audiovisuel public pour résumer cette position: «Pour le nouveau président du parti Thierry Burkhart, le test est réussi: la décision du jour montre que la base est prête à le suivre sur sa ligne plus conservatrice.» Si «conservateur» est bien, comme on l’entend habituellement, un adjectif qui s’oppose à «libéral» ou «progressiste», en quoi le fait de se montrer favorable au progrès technologique, qui plus est en spécifiant des garde-fous, serait-il conservateur? Ne serait-ce pas au contraire tout ce qu’il y a de plus progressiste, de plus libéral?

Même à supposer que la journaliste ait voulu dire par-là que le parti souhaite revenir sur la volonté du peuple suisse de stopper la construction de nouvelles centrales, ce «changement de ligne» (dans l’hypothèse où c’en est un) n’a justement rien de conservateur, puisque, précisément, c’est une rupture, due aux mutations du réel. On a comme l’impression que ce mot a été brandi non par souci de précision dans la description de l’actualité politique, mais par réflexe. Le nucléaire, en somme, ce serait le vieux monde, alors inutile de s’embarrasser de nuances. Quand on ne pense pas, on prend les premiers qualificatifs qui viennent.

Et l’affaire est sans doute encore plus simple que ça. Qualifier une prise de position, quelle qu’elle soit, de conservatrice, c’est devenu une manière, consciente ou inconsciente, de dénigrer la prise de position en question. Le raisonnement sous-jacent étant: soutenir l’innovation de la technologie nucléaire, c’est «con», or être «con», en politique, c’est être «conservateur», donc le soutien à l’innovation de la technologie nucléaire est une position conservatrice. De la même façon, selon certaines personnes de gauche, ne pas penser comme elles, c’est être «d’extrême droite». Ou ne pas penser comme la majorité des universitaires d’un domaine en particulier, c’est être «controversé». Bonjour la réflexion!

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