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Roland Jaccard s’est achevé, pour mieux survivre en écrivain

Jean-Louis Kuffer

Par Jean-Louis Kuffer · Publié le 10 mai 2024 · 7 min de lecture

Roland Jaccard s’est achevé, pour mieux survivre en écrivain
Roland Jaccard à Vienne, en août 2017. © M.C.

«La Cinquième saison», revue littéraire romande au titre chinoisant aussi «improbable» que le fut le (presque) mauvais sujet, réunit les témoignages, à (presque) charge et (presque) décharge, de vingt-cinq plus ou moins proches et amis, pour un portrait éclaté du «gentil garçon» se la jouant «bad boy», presque infréquentable – diront les wokistes – mais survivant par ses écrits.

Presque un monstre, dira-t-on de Roland Jaccard. Et c’est lui qui prend les devants: «Quand les gens vous prennent pour un monstre, il n’y a qu’une chose à faire: aller au-delà de leurs attentes». C’est en tout cas ce qu’il explique à sa pharmacienne, comme il l’écrit dans sa Confession d’un gentil garçon, paru en janvier de l’année pandémique 2020.

Et de balancer à la pharmacienne en question, dont il est sûr qu’elle n’a pas lu Cioran et qui ne lui fourguera ni Stilnox (qu’il m’a demandé deux ou trois fois de lui apporter à Paris) ni Xylo Mepha (qu’il ramenait de Lausanne à Paris à François Ceresa, autre nez bouché), quelques horreurs propres à l’émouvoir: à savoir que ce qui est intéressant dans l’amour, selon Cioran, est son impossibilité, que lorsqu’on est «attaché aux putains, on l’est pour toujours», et que lui-même, le Jaccardo, se rappelle cette dame de mauvaise vie qui, chaque fois qu’elle faisait l’amour, voyait le cadavre de son amant à côté d’elle. «Après cela, comment parler encore d’amour?, avais-je ajouté. Je l’intriguais déjà. Un bon point». 

Dans la foulée, et aux pharmacien(ne)s wokistes que nous sommes «toustes» peu ou prou, de nous assener que «ce que la femme a à vendre, c’est son corps», que «leur conduite est dictée par leurs hormones, d’où leur humeur capricieuse, leur absence de sens moral et leur amour pour les chats», que l’homme pour les femmes n’est jamais que «l’instrument interchangeable d’un plaisir toujours identique», lequel plaisir n’est jamais que «l’infini à portée des caniches», comme disait le charmant Céline, alors que pour lui, le Jaccardo, «la mort est le sublime à la portée de chacun», avant de conclure: «Préméditée elle a encore plus de panache». 

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