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Quand Daniel Maggetti remue la soupe aux mots de sa tribu

Jean-Louis Kuffer

Par Jean-Louis Kuffer · Publié le 5 janvier 2024 · 5 min de lecture

Quand Daniel Maggetti remue la soupe aux mots de sa tribu
Locarno, novembre 1951. © ETH-Bibliothek Zürich, Bildarchiv / Fotograf: Unbekannt / Dia_282-7545 / CC BY-SA 4.0

Poursuivant sa quête identitaire personnelle en phase avec l’histoire des siens, autant ici qu’avec l’Histoire à grande hache, le fils de paysan tessinois devenu prosateur romand de premier rang et gardien du temple de notre littérature, retrace l’itinéraire de son aïeul et de sa mère venus d’Italie voisine en Suisse préservée de la guerre, dans un récit à double valeur documentaire et poético-affective, dont la saveur et la musicalité reposent pour beaucoup sur l’art de faire parler les mots.

Sommaire

Une image explicite, simple et belle, illustre et résume la démarche de Daniel Maggetti au terme de son dernier livre, après son retour au village italien de Mura où plongent une partie de ses racines: «Pour rendre hommage à mon grand-père dont je sais qu’il avait le front d’affirmer crânement les choses, vais-je désormais dire à mon tour que ma patrie est là où je suspends mon chaudron à polenta?»

L’image toute concrète, et qu’on évitera d’assimiler à un cliché de folklore «typique», renvoie bien plutôt à un grand travail de cuistot littéraire qui vient de nous servir un pot-au-feu à base de mots-saveurs et de mots-couleurs, de tournures particulières propres à ses personnages pratiquant diverses variantes de la langue italienne ou de ses dialectes, avec des pointes de latin ici et là quand il y a du curé dans l’air – ou plus exactement dans les affaires de ses ouailles dont il surveille un peu tout et parfois même l’attribution des prénoms…

Le «matlosa», c’est l’étranger-du-dehors

«Mais qui c’est pour un?», pourrait dire illico telle commère de chez nous en parler d’ici, à ne pas confondre avec celui d’à côté, à propos de cet individu surgi dans le village avec son air d’«étranger du dehors», comme à la première page de Matlosa l’Eufemia se le demande en avisant deux personnages apparus depuis peu dans les parages qu’elle qualifie aussitôt de «marlosa» en boitant sur le mot approprié de «matlosa», mais «comme que comme» il faut se méfier, même si le syndic du lieu semble garant du droit de ces deux inconnus à séjourner en nos murs au titre de journaliers. 

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