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Philippe Lafitte, en réaliste lyrique, traverse la banlieue en fusion

Jean-Louis Kuffer

Par Jean-Louis Kuffer · Publié le 3 mars 2023 · 6 min de lecture

Philippe Lafitte, en réaliste lyrique, traverse la banlieue en fusion
Sarcelles (Val-d'Oise, France): reflet des bâtiments de l'avenue du 8-mai-1945 dans l'immeuble de l'Agence nationale du chèque vacances (ANCV). - CC BY-SA 4.0

A l’écart de tout «discours sur l’immigration», le romancier nous confronte, dans une narration très visuelle et physique, aux affrontements de jeunes chefs de meute issus de deux communautés – Tsiganes roumains et banlieusards arabo-musulmans – par le truchement de personnages ressaisis entre soumission imposée (pour les femmes surtout) et tentatives d’y échapper, espérances d’une vie meilleure et déceptions amères. Avec le souffle épique d’une fable.

Sommaire

C’est un livre étrangement prenant et même envoûtant par sa beauté crépusculaire et son mélange de violence latente et d’âpre tendresse, que le dernier roman de Philippe Lafitte dont le seul titre de Périphéries, géolocalisable au bout de nulle part ou à côté de chez nous, s’étend aujourd’hui à une nébuleuse de banlieues planétaires rejetées par les centres homologués downtown – ici Paris en pôle magnétique toujours hyper-attirant, et la banlieue parisienne devenue territoire excentré que se disputent certains des individus issus de communautés particulières, plus précisément encore en l’occurrence: Roms en clan d’une quarantaine planqués dans un bidonville naguère démantelé et reconstitué depuis un an, et fratrie arabo-musulmane élargie dont le lien est à la fois traditionnel et déliquescent, le territoire du roman étant à la fois celui des identités tribales et des trafics illicites – leur similitude réduite à la rage de survivre, où le commerce de la drogue reste une base commune et le premier motif de la guerre – le roman de Philippe Lafitte étant aussi bien d’amour et de guerre…

Au présent de l’indicatif incarné

L’incarnation romanesque de Périphéries est immédiate avec l’apparition, torse nu dans la froide nuit industrielle, du jeune Virgile en plein effort de musculation tandis qu’alentour vrombissent les moteurs et se percutent les éclairs de lumière – Virgile à fleur de vingtaine et dont on apprend dans la foulée qu’il nourrit le grand projet de ramener son clan des Monescu au pays après trop de galères partagées en la présumée Terre promise, et comme un souffle biblique à valeur de fable se dégage de ces premières pages au présent de l’indicatif où planent déjà les ombres de diverses menaces.

Au-delà des stéréotypes

Autant par sa substance que par sa forme, sa narration très visuelle et le trait percutant de chaque mot, la suite de ses séquences suivant l’évolution des quatre personnages principaux – deux hommes et deux femmes entre vingt et trente ans –, son découpage temporel et ses dialogues à l’arraché, le roman évoque un film à possible extension en série, stéréotypes inclus.

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