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Metin Arditi, romancier, nourrit un rêve pacifique

Jean-Louis Kuffer

Par Jean-Louis Kuffer · Publié le 16 octobre 2020 · 6 min de lecture

Metin Arditi, romancier, nourrit un rêve pacifique
© Matthias Rihs

Aussi invraisemblablement vrai qu’une pandémie dans un monde supposé sécurisé, «Rachel et les siens», brassant les heurs et malheurs de frères amis ou ennemis en terre promise et spoliée à de multiples égards, tend à nous rappeler que Juifs de tous bords, femmes fortes ou fragiles et Arabes tendres ou teigneux, chrétiens et musulmans fraternisant ou s’entretuant, voire homos collabos, procèdent de la même ressemblance humaine mais tardent plus que jamais à se parler…

Sommaire

Si je vous raconte le dernier roman de Metin Arditi vous n’y croirez pas, mais je vais quand même essayer. A supposer que vous ayez une idée à la fois sûre et arrêtée à propos d’un peu tout, qu’il s’agisse d’histoire à long terme ou de politique à plus courte vue, de la place des femmes dans la maison mondiale ou de la libre circulation des migrants, vous me direz peut-être que cette histoire d’une Rachel juive écrivant des pièces de théâtre plus ou moins jouables où elle défend le dialogue entre voisins de palier relève de la chimère aussi invraisemblable qu’une pandémie en pays civilisés – «rien que de la littérature!», et vous aurez raison.

Rien en effet de moins raisonnable, en apparence du moins, que ce destin de femme évoqué par un homme (de quoi je me mêle) qui parle d’histoire et de politique sur le même ton que de sexe et de cuisine, au fil d’un récit dont la simplicité de conte pour enfants n’exclut pas la complexité parfois accablante des circonstances et des sentiments.

Entre février 1917 et septembre 1982, dommages collatéraux de deux guerres mondiales et autres génocides, Rachel et les siens se la joue-t-il «roman du siècle» à flots de larmes et vues géopolitiques surplombantes? Rien non plus de cela. Ni rien d’angélique ou de lénifiant dans le plaidoyer sous-jacent pour un improbable «vivre ensemble» à l’ère des nouveaux murs. Non: la «littérature» se fait ici tout humble, par le détail, tout près du cœur – un vrai feuilleton… 

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