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Lambert Schlechter fait parler Dieu en mécréant de bonne foi

Jean-Louis Kuffer

Par Jean-Louis Kuffer · Publié le 16 août 2024 · 9 min de lecture

Lambert Schlechter fait parler Dieu en mécréant de bonne foi
© Michael Walk via Unsplash

Le Tout-Puissant n’en peut plus de n’entrevoir, au bout du couloir de l’éternité, aucune issue. La faute aux mortels qui l’ont taxé précisément d’Eternel, alors qu’eux ont la chance de ne faire que passer. Lui languit de ne point mourir: c’est ce que nous apprenons, d’emblée, dans ces «Fragments du journal intime de Dieu», dont l’écrivain luxembourgeois nous régale en interprète malicieux des secrets plus ou moins divins que «le ciel» recèle.

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«L’éternité c’est long, surtout vers la fin», disait un plaisantin juif du nom de Woody Allen, mais la formule n’a pas eu l’heur de faire sourire Dieu, trop lucide pour croire à aucune fin de ce qu’Il est supposé avoir conçu et trop accablé par le fait qu’on le dise précisément l’Eternel. 

De la même façon, Dieu n’a pas vraiment apprécié le fait qu’«un certain Froibard ou Beaussard» (chacune et chacun aura identifié l’académicien André Froissard, ex-communiste converti au parti de Dieu) prétende l’avoir rencontré, comme il le raconte dans Dieu existe, je l’ai rencontré, ce dont ledit Dieu ne garde aucun souvenir alors qu’Il se rappelle très bien la vieille paysanne ouzbèke Oksana qui vendait des pastèques dans le souk de Samarcande et le tutoyait avec une tendre désinvolture qui lui donnait chaud au cœur et faillit, dit-Il, le réconcilier avec le genre humain.

Autant dire que Dieu ne s’en laisse pas conter, et surtout pas enfumer par tout ce qu’on raconte de Lui depuis des siècles et des millénaires. Il a pourtant un cœur, découvre-t-on à propos de la vieille Oksana et au fil des pages de son journal intime constitué de fragments sans suite chronologique (le temps n’existe pas pour Lui), où il s’indigne par exemple de ce qu’en Son Nom un pape ait commémoré la découverte de l’Amérique sous l’égide de l’Eglise catholique et apostolique et se soit félicité «de cette mainmise cinglante & sanglante», citant les mots de Jean Paul II «qui monta sur un podium surélevé entouré d’une croix et de gigantesques haut-parleurs pour déclarer à propos de moi: « L’évangélisation a permis à Dieu de faire alliance avec l’Amérique latine: il connaissait ces peuples de toute éternité mais grâce aux missionnaires, Il les a incorporés à son projet de rédemption… » De quoi je me mêle? Je ne savais rien de rien de ces peuples, je n’avais jamais regardé vers là, occupé ailleurs, et je n’ai jamais eu de projet à leur propos, ni de rédemption, et encore moins de liquidation»… 

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