La mémoire de l’eau


A Berlin de nos jours, une grande amoureuse blessée rencontre un plongeur-scaphandrier dont elle s'éprend aussitôt. Avec Ondine, l'Allemand Christian Petzold signe un superbe conte fantastique qui joue avec l'idée de la persistance mémorielle. Un des grands films de l'année, par un cinéaste toujours trop méconnu.
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Il y a trois ans, tout le monde s’était entiché de La Forme de l’eau (The Shape of Water) de Guillermo del Toro, fable éminemment cinéphile sur la relativité de la monstruosité passée d’un Lion d’Or à la Mostra de Venise à de multiples Oscars. Osera-t-on dire qu’on lui préfère cette également aquatique Ondine (Undine en v.o.) de Christian Petzold? Allez, osons. Parce qu’à la surcharge référencielle et à la perfection storyboardée de son confrère mexicain installé à Hollywood, l’Allemand substitue un style nettement moins manipulateur et coûteux,qui ramène au premier plan cet élément essentiel du fantastique: le mystère.
Habitué du festival de Berlin et passé tardivement à une notoriété plus internationale avec Barbara (2012), Petzold n’a rien d’un cinéaste évident. Son mélange de classicisme et de modernité peut aussi bien dérouter que séduire, comme plus récemment dans Phoenix et Transit, deux films déjà visités par l’ange du bizarre. En s’aventurant cette fois clairement dans le fantastique, mais à sa manière, il fait un pas de plus vers une singularité absolue. Qui préfère un cinéma qui vous prend par la main pour ne plus la lâcher aura de la peine avec son art du contre-pied déstabilisateur et ses questions laissées en suspens. Mais qui adhère aussi bien à cette tactique de maintien en éveil de l’esprit qu’à l’intense romantisme sous-jacent devrait apprécier cette revisitation du mythe d’Ondine, génie féminin des eaux popularisé en 1811 par une nouvelle de l’écrivain Friedrich de la Motte Fouqué.
Le romantisme revisité
Plutôt que dans un univers de conte de fées, de châteaux et de chevaliers, Petzold a choisi de situer son film entre le Berlin d’aujourd’hui et un lac de barrage de la région de Wuppertal, d’où il est originaire. Et son film commence tout simplement par un dialogue tendu de couple à une table de café, où la jeune femme finit par annoncer à l’homme: «Si tu me quittes, je vais devoir te tuer.» Sur ce, elle se rend au travail assurer une visite guidée consacrée aux maquettes du centre d’urbanisme de la ville, en espérant bien qu’il se sera ravisé d’ici son retour. Mais l’indélicat en profite bel et bien pour filer. C’est alors que, revenue au café, Undine Wibeau tombe sur un autre homme qui l’a suivie après sa présentation: Christoph est plongeur-scaphandrier et leur rencontre – mémorable – a lieu sous le signe de l’eau, grâce à un grand aquarium. Un coup de foudre qui sauvera l’infidèle Johannes, ou bien étaient-ce juste des paroles en l’air?




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