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L’histoire russe et sa grande hache inspirent Gouzel Iakhina

Jean-Louis Kuffer

Par Jean-Louis Kuffer · Publié le 1 septembre 2023 · 7 min de lecture

L’histoire russe et sa grande hache inspirent Gouzel Iakhina
© Světlana Glaserová - Trosečník sibiřský

Le roman russe à ne censurer sous aucun prétexte en cette rentrée littéraire: «Convoi pour Samarcande» de la Tatare quadra Gouzel Iakhina, folle saga d’une opération de sauvetage de 500 enfants menacés de mort par la famine et qui deviennent les symboles universels, dans une épopée à la Goya, de la détresse des victimes et de l’imprévisible solidarité humaine.

Sommaire

C’est dans un périple immédiatement ahurissant que nous entraîne Gouzel Iakhina dans son dernier roman, déployant un talent de visionnaire réaliste qui lui a déjà valu d’immenses succès en Russie et dans le monde, avec Zouleikha ouvre les yeux – évoquant les grandes déportations staliniennes dont sa propre grand-mère fut victime – et Les enfants de la Volga, consacré aux spoliations subies par la communauté allemande en Russie.

Trois pages et c’est parti: nous sommes en octobre 1923 en Tatarie rouge, et tel camarade commandant du département des transports vient de signer l’ordre de formation d’un train dans lequel seront entassés cinq cents filles et garçons de deux à douze ans issus de foyers d’enfants et de centres d’accueil, épuisés par la faim et les maladies de toute sorte, qui seront convoyés de Kazan, capitale du Tatarstan, à Samarcande, en Asie centrale. On aimerait lire: de l’Enfer au Paradis…

Le convoi fantôme a son chef désigné d’autorité: le jeune Deïev, vétéran de la guerre civile, qui a déjà beaucoup tué sans avoir connu jusque-là la douceur d’aucune présence féminine: une espèce d’enfant de la guerre et de la révolution qui, après trois pages, se fait déjà houspiller par celle qui sera sa compagne de voyage: Blanche la «sans cœur», comme elle voudrait qu’on la considérât, Blanche la commissaire politique de la commission à l’enfance qui voit tout de suite la fragilité de Deïev et lui oppose sa force implacable, avant que la paire ne collabore pour le pire et le meilleur. 

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