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Deux ou trois choses que j’ai apprises grâce à Emma

Anna Lietti

Par Anna Lietti · Publié le 18 décembre 2019 · 4 min de lecture

Deux ou trois choses que j’ai apprises grâce à Emma
Emma en 1944, au procès de son frère Franz, condamné à mort comme «traître à la patrie». - © Fanny Vaucher

Une BD pour raconter le XXème siècle en Suisse à travers le destin d’une famille: le journaliste Eric Burnand et la dessinatrice Fanny Vaucher ont réussi leur pari et leur album «Le Siècle d’Emma» remporte un franc succès. Finalement, il n’y a pas que l’Histoire des autres qui soit passionnante.

A quand la série TV? C’est ce qu’on se dit en tournant les pages du Siècle d’Emma,la BD d’Eric Burnand et Fanny Vaucher fraîchement parue aux éditions Antipodes. Décidément, on n’a rien inventé de mieux que la fiction pour parler de la réalité, surtout lorsqu’elle est historique. Et cette saga délicatement dessinée offre, pour raconter le XXèmesiècle en Suisse, une galerie de personnages forts et émouvants, dont l’ampleur pourrait facilement nourrir quelques heures supplémentaires de scénario.

Il y a Emma, fille et fiancée d’ouvriers horlogers à Granges, qui perd son amoureux Marius dans la répression de la grève générale de 1918 et passe 50 ans à s’impatienter au seuil du bureau de vote. Il y a son frère Franz, employé de banque et fervent syndicaliste à Zurich, qui vire pro-nazi sous l’effet du chômage et de la frustration sociale. Il y a Thomas, le neveu d’Emma, rocker résilient amoureux d’une saisonnière italienne flanquée de son petit clandestin. Il y a Véronique, petite-fille de l’héroïne et sa complice en combat féministe à l’heure du MLF. Sans compter les personnages secondaires comme l’oncle Auguste, paysan vaudois enrichi par la guerre, et les personnages réels, du «führer suisse» Max Keller à Jacqueline Wavre, pionnière du féminisme.

Et si, en tournant les pages, on pense au scénario bien ficelé d’une série télé, ce n’est pas un hasard: au départ, Eric Burnand, qui était encore producteur à la RTS, a conçu Le siècle d’Emma comme le synopsis d’une ambitieuse fiction à épisodes dont la télévision romande a rêvé, avant d’en abandonner le projet, faute de moyens. Il faut dire que, rien qu’en décors et costumes, couvrir un siècle entier -ici découpé en 4 périodes- ça coûte cher.

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