Deux monstres Belle Epoque

Marie Céhère

Par Marie Céhère · Publié le 8 octobre 2021 · 1 min de lecture

Deux monstres Belle Epoque

«La France goy», Christophe Donner, Editions Grasset, 512 pages.

La France fera-t-elle un jour la peau à ses démons antisémites? L’actualité permet d’en douter. La littérature, elle, en cherche les racines. C’est le projet que s’est donné Christophe Donner dans ce roman démesuré, à l’aune de la stature de ses deux figures tutélaires: le publiciste Léon Daudet et l’auteur du paranoïaque et délirant pamphlet La France juive, Edouard Drumont. La Belle Epoque apparaît dans toute sa laideur: complots, basses manœuvres, scandales financiers, chantages et bien sûr, antisémitisme forcené. Sur cette trame noire, Christophe Donner réussit le pari de rendre haletante l’histoire des idées du premier XXème siècle, les méandres parlementaires de la IIIème République; esquisse une histoire de la presse d’opinion et, par touches, de la médecine, à travers son fil conducteur et aïeul Henri Gosset, ami de Daudet, pionnier de la psychologie. La fine analyse des caractères de Daudet et Drumont, que le romancier place notamment à l’origine de l’affaire Dreyfus, loin de servir d’excuse à leurs outrances, donne une idée de comment l’on devient un monstre polémiste, menteur, calomniateur et pyromane. L’un parce qu’il ne sait comment exister dans l’ombre de son père (Alphonse Daudet), l’autre parce qu’il ne sait comment se venger de ses origines modestes, de son physique ingrat, de ses premiers échecs. La leçon mérite lecture, à défaut de mémoire. 

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