Catalogne: l’utopie fait long feu


de Madrid exige de le respect de la constitution. - © DR
Arpenter Barcelone, les oreilles bien ouvertes, en apprend beaucoup… sur les médias. A les en croire, à en juger par quelques images spectaculaires qui tournent en boucle, la Catalogne bouillonne, déborde, explose. Or ce qui frappe en y arrivant, c’est le calme, la sérénité des uns et des autres. Partisans de l’indépendance et opposants ne s’affrontent pas dans la violence. Depuis le discours de Carles Puigdemont devant le Parlement catalan, l’utopie s’éloigne. Il a certes proclamé sa volonté d’aboutir à un Etat indépendant sous forme de république. Mais vingt secondes plus tard, il repoussait le projet à des jours meilleurs. Sommé par le premier ministre espagnol de s’expliquer – alors, c’est oui ou c’est non? – le président catalan repousse encore l’échéance, demande le dialogue, tergiverse. Le soufflé retombe.
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L’ami de longue date, patron d’une agence de publicité, partisan depuis toujours de l’autonomie, a le commentaire bonhomme. «Le rêve s’est emballé mais maintenant, les gens commencent à réfléchir. Crois-moi, il n’y a pas grand monde qui croit vraiment à la naissance d’un nouvel Etat.» Puis il précise: «Ne cite pas mon nom, j’ai des clients de tous bords.» Ce dynamique entrepreneur travaille dans toute l’Espagne, dans toute l’Europe: «Cette crise ne m’arrange pas mais je m’en sortirai. Cela dit, pour la Catalogne, c’est un mauvais coup. Nous passions pour les enfants modèles de l’économie espagnole et aujourd’hui on se méfie de nous.»
Pourquoi le pétard a-t-il fait long feu?
Le chiffre a provoqué un choc: plus de 500 entreprises, dont les plus grandes, ont déplacé leur siège social à Madrid ou ailleurs. Elles gardent leurs activités sur place et continueront d’y payer des impôts. Mais le dégât d’image est immense. Alors que la région se relevait avec maints succès de la terrible crise de la décennie passée, le coup de frein est annoncé. Les investissements étrangers vont se faire plus rares, personne n’en doute. Ce ne sera pas la catastrophe promise par tant de patrons, mais cela fera mal. Certains, dans leur emportement pro-espagnol, pronostiquaient même une forte baisse du tourisme.
Dans la rue, on y croit guère. Le chauffeur de taxi en sourit même: «Hier on se plaignait d’avoir trop de touristes et maintenant on craint qu’ils ne viennent plus! Je parle avec eux. Je peux vous dire qu’ils se fichent pas mal de nos histoires…» Le tenancier pakistanais de la boutique de souvenirs garde le moral: «On a vendu tellement de drapeaux! Catalans et espagnols, on a tout en stock!»




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