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Cachez cette guerre que je ne saurais voir

Par Marta Czarska · Publié le 1 mars 2024 · 10 min de lecture

Cachez cette guerre que je ne saurais voir
Color Blind, 2022, peinture à l’huile – © Marta Czarska (Zarka)

N’est-ce pas ce qui arrive toujours? Au début de la guerre, nous sommes choqués, pleins de compassion, nous lisons, écoutons ou regardons les nouvelles qui viennent du front. Nous voulons savoir comment ça se passe. Mais après un certain temps, pff, y en a marre. Rien ne change, offensives, contre offensives, ça ne sert à rien de continuer à lire, écouter, regarder les nouvelles. Après deux ans, nous sommes fatigués. 

Sommaire

L’Ukraine et la lassitude

Il y a quelques jours, je lisais l’article d’une journaliste ukrainienne, Lesya Vakulyuk, publié dans un grand journal polonais. Les premières phrases transmettent toute son amertume:

«Je viens d’Ukraine. Je sens qu’en voyant ces mots, une partie des lecteurs va vite tourner la page. « Encore l’Ukraine et les Ukrainiens? N’y a-t-il donc pas d’autres problèmes dans le monde que la guerre russe en Ukraine? Pour nous aussi, c’est dur! – depuis environ six mois, je vois de plus en plus souvent ce genre de commentaires sur les réseaux sociaux. Ils sont écrits par toutes sortes de gens dans diverses langues. Le message reste le même: le monde est fatigué de la guerre en Ukraine. Elle est devenue quelque chose de banal, peut-être même d’irritant, comme une mouche que l’on voudrait chasser. Je dois avouer que les Ukrainiens aussi sont fatigués de la guerre1.»

Deux ans? Les Ukrainiens nous le rappellent régulièrement, pour eux, la guerre a commencé en 2014. Pour eux, cela fait désormais dix ans que Poutine les a envahis. Généralement, pas besoin de le rappeler aux Polonais. Nos réfugiés d’Ukraine ont commencé à arriver dès 2014, justement. Avant le début de «l’invasion à grande échelle», ils étaient déjà un million à s’être installés, en toute légalité, en Pologne: des hommes jeunes pour la plupart, travailleurs et capables de s’intégrer rapidement.

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