L'Espace de Jacques Pilet

L’histoire à la fois ignorée et manipulée
Kundera a admirablement évoqué «L’Insoutenable légèreté de l’être». Qui évoquera l’insoutenable légèreté du pouvoir? Les propos bellicistes d’Emmanuel Macron et de son Premier ministre tenus à Paris ces jours sont ahurissants. Et l’Assemblée nationale d’approuver un accord jusqu’auboutiste avec l’Ukraine, un gazouillis peu réfléchi. A l’exception du Parti communiste, de la France insoumise, devant Marine Le Pen et les siens qui s’abstiennent. De quoi tout cela est-il le signe?

Les idéologies passées au mixer
La Ville de Genève et ses associations dans le vent inventent une recette politique: tout mélanger, brasser et servir chaud. Cette semaine se déroulent au bout du lac plusieurs réunions, débats et ateliers sous le titre: «Genre & climat, même combat».

Un peuple rejeté par tous?
La guerre continue à Gaza, sans même une trêve, repoussée aux pires calendes. La colonisation s’intensifie en Cisjordanie. Qu’adviendra-t-il de la Palestine? La tempête des émotions est légitime. Les beaux discours sans effets foisonnent. Mais dans l’ombre plusieurs puissances manœuvrent, élaborent des plans pour l’après-Gaza. Des négociations secrètes se nouent. Tour d’horizon.

Et si Macron avait posé une bonne question?
Jusqu’où peut-on mener une guerre par procuration? Par l’envoi de fonds, d’armes, de munitions, de spécialistes et de mercenaires, alors que les troupes s’épuisent. Interrogation jusque-là escamotée. Une autre s’impose: à quel moment vaut-il mieux stopper l’escalade et enfin envisager quelque forme de paix?

La diplomatie suisse déboussolée
Où placer la Suisse sur la carte géopolitique en mouvement? Bien peu de pays s’en soucient. Et nous? Dans le bleu. Les initiatives de Ignazio Cassis et ses prises de position tapageuses commencent à susciter le malaise. Quant à Viola Amherd, sa dérive pro-OTAN et la gabegie de sa gestion de Ruag apparaissent de plus en plus consternantes.

La défense suisse patauge dans les comptes et ignore un péril immédiat
La cheffe du Département, Viola Amherd, et son «général» Süssli n’en finissent pas de s’expliquer, dans la confusion, sur les difficultés budgétaires, tout en demandant une pluie de milliards supplémentaires. En revanche ces responsables de la sécurité se fichent d’un danger bien réel et actuel: les hackers qui pillent leurs données et seraient en mesure de paralyser maints secteurs d’activité. Ce qui n’inquiète pas le moins du monde les parlementaires.

La ville qui veut éradiquer une langue
L’envoyé spécial du magazine «Le Point» à Odessa raconte comment cette ville, adossée au grand port de la Mer noire fondé au XVIIIème siècle par Catherine II de Russie, tente d’effacer un pan de sa culture.

Pour un journalisme ouvert et courageux
L’événement n’est pas banal. 23 journalistes, de générations et de sensibilités politiques diverses, auxquels plusieurs autres souhaitent se joindre, cosignent un livre, coordonné par l’excellente chroniqueuse Myret Zaki. La soirée de lancement, au Club suisse de la presse à Genève, a connu un grand succès. Manifestement une part du public se pose la même question: pourquoi, sur certains sujets chauds, le débat reste-t-il bloqué? Pourquoi celles et ceux qui apportent un éclairage différent sur les discours dominants sont-ils frappés d’ostracisme, traités de tous les noms?

L’Allemagne en ébullition… et silence radio chez nous!
Ce lundi 8 janvier, les paysans allemands ont paralysé le pays, rejoints par les cheminots. Grèves d’une semaine annoncées. Au même moment, le nouveau parti lancé par la députée Sarah Wagenknecht a vu le jour. Il entend secouer le paysage politique, les sondages le mettent déjà à la hauteur du SPD (socialiste). Les Suisses, les Romands en particulier, regardent ailleurs. Pas un mot au TJ sur ce jour bouillonnant chez le grand voisin.

Garder pied dans la tourmente
Les flots rugissants et contradictoires de l’information ont de quoi donner le tournis. Il en était question le soir du Réveillon avec des amis aux réactions fort différentes.

Moret l’éveilleur
Nous sommes si nombreux, les orphelins de Michel Moret. Les auteurs que publia l’Aire au long des quarante-cinq ans où il se battit pour faire vivre et rayonner la modeste boutique. Mais pas eux seulement. C’est tout ce pays romand qui le pleure. Car la vision qu’il peut avoir de lui passe par les livres. Sans eux nous ne serions qu’un province muette. Mais pour que monte la parole, il faut d’abord l’envie de l’écriture, fort répandue, et un peu plus: l’éditeur capable d’écoute.

L’Europe a des raisons de pleurer
Quel sentiment de vide soudain! Jacques Delors, le grand bâtisseurs de l’UE, à la fois visionnaire et pragmatique, a marqué l’histoire. Le père de l’euro, du marché unique, de la liberté de circuler, des échanges estudiantins, du projet social… Il imaginait, il façonnait l’avenir et parvenait à convaincre. Aucune figure aujourd’hui n’est, même de loin, à la hauteur de la sienne.

Punir les Palestiniens alors qu’ils sont massacrés? La folle idée du Parlement suisse
Il s’en est fallu de deux voix. Le Conseil des Etats s’apprêtait à suivre le Conseil national dans sa volonté de couper la contribution financière à l’UNRWA, l’organe de soutien humanitaire aux Palestiniens. Ce sont les voix romandes, massivement opposées, qui ont évité la bévue in extremis. Mais les promoteurs de cette initiative vont remonter au créneau. Au-delà des émotions du moment, c’est la crédibilité de la Suisse qui est en jeu. Comment peut-on en arriver à tourner ainsi en ridicule tous nos beaux discours sur le droit humanitaire international?

Ce qui devrait changer au Conseil fédéral
La Suisse est le seul pays au monde où les ministres décident, sauf de rares exceptions, du temps qu’ils souhaitent passer au pouvoir. Sauf surprise, cela se passera ainsi le 13 décembre. Comment ne pas s’étonner de cette pratique contraire aux intérêts du pays? Il arrive qu’un conseiller fédéral, une conseillère fédérale, patauge au point que son remplacement s’imposerait en toute logique.

L’UE entre désarroi et fuite en avant
Les discours formatés des dirigeants de l’UE ne trompent personne. L’édifice est menacé dans ses fondements par la montée des nationalismes. Pays-Bas, Suède, Danemark, Hongrie, Slovaquie... et l’Italie, et la France, et l’Allemagne. D’autres à venir. La réponse proposée? Accélérer à marche forcée l’adhésion de l’Ukraine! A des coûts gigantesques. Face à cette aberration, les colères populaires monteront encore.

Une figure déjà historique
Le personnage extravagant soudain surgi à la présidence de l’Argentine a de quoi stupéfier le monde. Par son discours à la fois anarchiste et ultra-capitaliste, surtout par des provocations sans précédents. En comparaison, Trump – qu’il admire – est un enfant de chœur. La presse latino-américaine n'en finit pas de révéler des facettes incongrues du méga-trublion. Ce qui ne l’empêche pas de rappeler aussi que cet économiste a élaboré une vraie doctrine, exposée dans plusieurs livres, principalement «El camino del libertario» (Le chemin du libertaire).

Des profondeurs de la Broye fribourgeoise et d’ailleurs
«Agnus Dei», Julien Sansonnens, Editions de l’Aire, 114 pages.

Qu’est-ce donc qui cloche au Parlement?
Tout a été dit sur le résultat des élections fédérales. Renforcement de la droite avec la poussée de l’UDC, affaiblissement de la gauche dû à la défaite des Verts. Mais encore? En réalité ce Parlement entrant ressemblera comme deux gouttes d’eau au sortant. Par l’origine sociale, par les professions, par les accointances des élus. L’écart entre leurs préoccupations et celles d’une grande part de la population, pas nouveau, se creuse encore. Etonnez-vous que la politique suisse n’enthousiasme guère le grand public.

Les guerres et l’épuisement
Le site L’Impertinent publie un entretien surprenant avec Bernard Wicht, expert en stratégie militaire et privat-docent à la Faculté des sciences politiques de l'Université de Lausanne. Sa lecture froide des changements géostratégiques que provoquent les guerres d’Ukraine et du Moyen-Orient heurte les idées reçues.
La guerre à l’aveugle
Malgré l’immense émotion devant l’horreur, le suivi fiévreux au jour le jour, le pathétique suspense humanitaire, on peut tenter de prendre un peu de recul. Que veulent les belligérants? Et leurs alliés? Avec quelles perspectives? Dans l’histoire des guerres, la plupart commençaient avec des visées claires de part et d’autre. Plus ou moins réalistes, mais affichées. Pas celle-ci où l’aveuglement prévaut. Le feu croisé des vengeances déborde toute raison. Ce qui augure du pire. Ou peut-être aussi d’un lointain espoir?

La guerre sur Tiktok
On peut pousser des hauts cris, l’ignorer avec dédain, mais le fait est là: en mai 2023, Tiktok, habilement géré par une société chinoise, comptait 1,7 milliard d’utilisateurs, passant pour la plupart sur ce flux une heure et demie par jour. Dans de nombreux pays, notamment au Moyen-Orient et en Afrique, pour de larges pans de la population, pas seulement les jeunes, c’est devenu la première source de mots et d’images. Que dit ce déferlement hétéroclite sur le conflit israélo-palestinien? Et sur le monde d'aujourd'hui? Allons-y voir.

La guerre et le désarroi occidental
Nous sommes dans la tempête des émotions. L’horreur de l’attaque du Hamas. Les bombardements massifs et incessants sur une bande de terre minuscule, provoquant des milliers de morts dans une population quasiment privée de tout. Un défilé diplomatique qui ne laisse entrevoir aucun espoir de paix. Le risque, pour nous, ici, est de voir s’installer une routine de l’abomination, son acceptation. Comme cela se produit pour l’Ukraine. Il est aussi, dans le regard immédiat, de perdre de vue les changements géopolitiques que provoque cette tragédie. Car rien ne sera plus comme avant.

Le triste déclin d’un parti qui a marqué la Suisse moderne
La Constitution fédérale de 1848 était un exploit dans le morcellement de l’époque. Sa modernisation en 1870, au lendemain de la guerre du Sonderbund, en était un autre. Qui étaient à la manœuvre? Les radicaux. Au regard de l’histoire, d’accord ou pas avec sa sensibilité, on est frappé par l’énergie, le sens des responsabilités de ce parti. Or il descend peu à peu les marches du pouvoir. Il maintient à peine sa troisième place alors qu’il fut longtemps le premier. Qu’est-il donc arrivé?

La victoire des jeunes et des femmes
Quelle leçon a donné la Pologne à l’Europe dimanche dernier! Un événement qui va bien au-delà d’une simple péripétie électorale. Une majorité a vaincu un pouvoir qui domine les médias, dépense des sommes folles pour une campagne haineuse, a arrosé de subventions les familles juste avant le vote. Les clés du succès inattendu des oppositions coalisées? Il n’a pas passé par le chahut et les troubles dans la rue. Mais par une participation massive: 74%! Et même 85% à Varsovie. En particulier, ce qui est nouveau, celle des jeunes et des femmes.