Réservé aux abonnés

Super puissance

Benoit Baudinat

Par Benoit Baudinat · Publié le 6 février 2021 · 17 min de lecture

Super puissance
© Benoit Baudinat

Vous êtes dans la boîte. Vous représentez l’image de la boîte. Vous recherchez l’excellence de la boîte. Cette définition pourra être enrichie en fonction de l’évolution générale de la boîte.

Sommaire

Elle s’appelle S, elle s’est levée tôt comme les gens qui travaillent, elle travaille, elle possède un emploi, elle est encore en période d’essai mais elle travaille. Elle s’appelle S, elle s’est levée tôt pour aller au travail, elle aime arriver un peu en avance au travail pour avoir le temps de prendre un dernier café avant de se mettre à son poste. Elle s’appelle S, elle arrive au travail avec un peu d’avance, pour ne pas se presser dans les vestiaires, ne pas se faire mal au dos, et pour avoir le temps de prendre un dernier café. Elle arrive, son supérieur hiérarchique − on dit «responsable» − la regarde bizarrement lorsqu’elle arrive et lui dit «Bonjour S, tu es en avance» et elle dit «Oui, c’est parce que j’aime bien avoir le temps de prendre un café» et son supérieur hiérarchique − on dit «responsable» − répond «Ah, d’accord» et elle monte aux vestiaires pour se mettre en tenue.

Dans l’escalier elle croise une collègue qui n’est pas en avance mais qui commençait une heure plus tôt, elle dit «Salut, ça va?» et la collègue répond «Toujours!», comme à chaque fois, la collègue répond toujours «Toujours!» à la question «Ça va?», comme beaucoup de collègues ici qui répondent toujours «Toujours!». Elles ne disent pas «Bien» ou juste «Oui et toi?», elles ne disent pas non plus «Bof» ou «Pas terrible», elles disent «Toujours!», comme pour signifier qu’il n’y a pas de faille, qu’il n’y aura jamais de faille dans le fait d’aller, on peut compter sur elles pour aller, toujours, la question est presque superflue, finalement, pour ces collègues, puisque ça va toujours.

Elle s’appelle S, elle est dans les vestiaires, elle change de chaussures et de tenue, elle laisse ses habits et toutes ses affaires dans le petit casier et elle va vers la salle de pause pour prendre son café, la salle de pause est vraiment minuscule mais c’est la seule pièce par ici qui possède une fenêtre, une seule fenêtre que les collègues qui fument oublient souvent de fermer derrière eux et qui refroidit beaucoup la pièce, mais enfin c’est une fenêtre et c’est tout de même agréable de regarder dehors et de voir le temps qu’il fait et la lumière changer, qui dit le temps qui passe.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Le Grand Ralentissement

PhilosophieArticleLibre

Le Grand Ralentissement

Nos voisins français ont beaucoup parlé du «grand remplacement» de la population par l’afflux des migrants. Vrai ou faux? A eux d’en juger. Mais ils feraient bien de s’interroger aussi sur «le grand ralentissement». Et pas eux seulement, en Allemagne, en Suisse, on assiste aussi à une tendance profonde: ralentir notre vie quotidienne, si possible travailler moins, s’enfoncer dans notre cocon, fuir le bruit.

Jacques Pilet

Plus d’heures de travail, moins de salaire

ÉconomieLu ailleursLibre

Plus d’heures de travail, moins de salaire

Alors qu’en Suisse les hôpitaux, les EMS et de nombreux secteurs peinent à recruter, le Parlement fédéral multiplie les attaques contre le droit du travail. Conditions de travail dans les soins, salaires minimaux, travail dominical ou temps partiel: sous la pression des milieux patronaux et des assureurs, plusieurs protections des salariés sont remises en cause au moment même où la pénurie de personnel qualifié atteint un niveau critique.

Bon pour la tête