Avec son roman «A pied d'œuvre», Franck Courtès s’impose comme un Ian Levison à la française, un Zola du XXIème siècle. Ce récit à la fois très intime et très social est le témoignage d'un photographe qui renonce à son métier par dégoût de la numérisation et de l'exploitation de son travail artistique à des fins commerciales pour se vouer à l'écriture et qui, ce faisant, découvre la précarité inhérente à cette activité. Car si cette passion réclame énormément de temps, elle ne nourrit pas son homme, contrairement à l’idée que s’en fait le grand public. Même quand on a, comme Franck Courtès, l’honneur et le privilège d’être publié chez Gallimard.
Sa vie de photographe l’avait habitué à la notoriété, mais aussi à l’aisance matérielle. En y renonçant au profit de la littérature, Franck Courtès découvre une autre réalité: «Achever un texte ne veut pas dire être publié, être publié ne veut pas dire être lu, être lu ne veut pas dire être aimé, être aimé ne veut pas dire avoir du succès, avoir du succès n’augure aucune fortune». Une fois ses à-valoir épuisés, il se voit contraint de subvenir à ses besoins et s’aperçoit que ses qualifications ne valent rien sur le marché de l’emploi: «Je me fais penser à ces animaux de zoo que l’on relâche dans la nature, bien en peine de trouver de quoi se nourrir.»
Seuls les petits boulots alimentaires lui semblent à sa portée. Il les trouve sur une plateforme numérique qui met en relation des prestataires à la recherche de revenu et des clients à la recherche de main-d’œuvre corvéable. «Ces plateformes, explique l’auteur, jouent sur la sous-enchère salariale en mettant les travailleurs en concurrence les uns contre les autres. Elles sont à Uber, la plus connue d’entre elles, ce que les accordéonistes dans le métro sont aux concertistes d’opéra». Elles ont donc aussi pour effet d’isoler les travailleurs et de les priver ainsi de tout moyen de se syndiquer.
Régies par des algorithmes, ces plateformes numériques obligent l’utilisateur à accepter n’importe quel job à n’importe quel prix, s’il veut ensuite améliorer sa visibilité et avoir une chance d’en décrocher de plus intéressants. Elles vont même jusqu’à lui faire payer l’accès au travail. Les clients peuvent y obtenir toutes sortes de services près de quarante fois moins cher qu’en recourant à une entreprise spécialisée. Ils n’ont pas forcément conscience qu’ils sont en train de démanteler tout le filet de sécurité sociale. Ce qui rend un tel système possible, c’est aussi la manne inépuisable de personnes déclassées, prêtes à tout pour survivre.






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