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Le déchet, ou l’histoire d’un déni

Diana-Alice Ramsauer

Par Diana-Alice Ramsauer · Publié le 25 avril 2019 · 6 min de lecture

Le déchet, ou l’histoire d’un déni
«La naissance [il y a 50 ans] de la sensibilité écologique en France comme dans d’autres pays industrialisés aurait pu être l’occasion d’une révolution du quotidien qui n’est pas advenue». - © PxHere

Il y a un geste que l’on fait tous les jours, sans s’en rendre compte et parfois même avec bonne conscience: celui de jeter. Que ce soit mettre à la poubelle, recycler ou évacuer, nous avons toutes et tous (ou presque) appris à adopter les bons réflexes pour devenir des écocitoyens-nes modèles. Et si le fait d’être un «bon petit soldat vert du développement durable» était en réalité anti-écologique?

Non, l’humain n’a pas toujours «jeté». Ce geste quotidien est même très récent en réalité. C’est ce qu’explique Baptiste Monsaingeon dans son éclairant ouvrage Homo Detritus, à lire ou à relire en ces temps tumultueux de préoccupation climatique. Bien longtemps, nous cohabitions avec ce que nous appelons aujourd’hui des déchets: il s’agissait de ressources ou d’éléments accompagnant notre vie. «Il n’y a pas d’’en soi’ du déchet», écrit le chercheur. Le rebut n’est rien d’autre que «le produit d’un geste».

«Tout-au-trou», «tout-à-l’égout»

Si l’humain a de tout temps agencé sa vie selon diverses règles de vivre-ensemble, la tendance à l’ordre, à la catégorisation et à l’organisation sociale s’accentue autour du 19e siècle, notamment avec l’ère industrielle. «La saleté est une offense contre l’ordre. En l’éliminant, nous n’accomplissons pas un geste négatif; au contraire, nous nous efforçons, positivement, d’organiser notre milieu. Autrement dit, le nettoiement est un acte de fabrication du social, plus qu’une réaction au danger symbolique qu’il représente», précise le chercheur. Définir ce qui est «déchet» et ce qui ne l’est pas devient ainsi un acte fondateur de nos sociétés, au-delà des questions de santé publique.

Les politiques publiques convergent toutes vers un objectif: éliminer et cacher le rebut. Les excréments dans les égouts hors de vue; les ordures dans les poubelles (le nom vient d’ailleurs d’un préfet parisien hygiéniste du 19e siècle); nos résidus métalliques, plastiques, en verre moderne dans de grandes fosses; les surplus de ce que l’on ne veut plus, qui a été utilisé, dont on ne sait plus quoi faire, dans les océans, en attendant que le temps fasse son effet. «C’est comme si nous préférions rester aveugles à ces ombres incommodantes de la civilisation», écrit Monsaingeon. Mettre à la poubelle, fermer le couvercle et ne plus y penser.

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