La Suisse en pointe sur la nébuleuse des cryptomonnaies


Place bancaire historique, la Confédération Helvétique se tourne paradoxalement vers les monnaies numériques et déconnectées de tout système politique. S’ouvrant aux cryptomonnaies et à la technologie blockchain, la Suisse se classe parmi les pays les plus actifs dans ce domaine. Cet intérêt s’est renforcé le 13 juin 2018 avec le lancement de sa première place d’échange dédiée aux cryptodevises, Swiss Crypto Exchange.
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Indépendantes et anonymes, les cryptomonnaies ont une quantité de monnaie initialement définie et suivent un cours dicté par l’offre et la demande. Ainsi, le prix du Bitcoin, du Litecoin, ou encore de l’Ether est déterminé selon le répertoire des transactions, stockées grâce à la technologie blockchain, ou chaîne de blocs. Les cryptodevises peuvent donc être achetées, échangées et servir comme mode de payement ou de financement de projet, notamment durant les levées de fonds, appelées Initial Coin Offering (ICO). Cette méthode de crowdfunding permet aux utilisateurs de cryptodevises de financer des startups et, en contrepartie de leur investissement, recevoir un actif numérique, appelé «token» («jeton» en français), dont la composition et la valeur dépendent du projet soutenu. En 2017, sur les dix plus grands ICO, six ont eu lieu en Suisse. Phénomène grandissant, l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) a dû se pencher sur la question et publier au mois de février un guide pratique des ICO. Dans cette évaluation prudentielle, le régulateur a notamment classé les jetons selon leur fonction économique afin de les orienter vers une réglementation existante: de payement (même catégorie que les cryptomonnaies pures), d’utilité (donnent un accès à un service ou produit, souvent futur) et d’investissement (valeur patrimoniale, comparable à un actif financier, telle qu’une action, obligation ou tout instrument dérivé). Ainsi, la Suisse a préparé un terrain législatif pour la mise en place des ICO et, surtout, a donné le cadre pour un potentiel marché secondaire des tokens.
Zoug: la Crypto Valley
Attirant plus 650 participants, la Crypto Valley Conference on Blockchain Technology s’est achevée à Zoug le 22 juin, confirmant l’engouement porté aux monnaies virtuelles et la technologie qu’elles utilisent. S’il est déjà possible de créditer son compte en Bitcoins à un distributeur automatique à Zurich ou d’acheter son billet de train en cryptomonnaie à l’une des bornes spécifiques des CFF, c’est le canton de Zoug qui s’est vu attribuer le surnom de «Crypto Valley», en référence à la Silicon Valley. Connu pour son bas taux d’imposition si attirant pour les entreprises, il est devenu le siège des startups et de projets, spécialisés dans les cryptodevises et le blockchain. Par exemple, Crypto Valley Association, organisateur de la fameuse conférence du mois de juin, s’y est implanté pour travailler sur le développement du meilleur écosystème mondial. C’est également dans cette petite bourgade au bord du lac qu’est né l’Ether, le plus grand concurrent du Bitcoin.



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