On ne se lasse pas d’observer, mine de rien, les passagers et passagères autour de soi. Les regards sont concentrés sur les portables, parfois les livres, mais quand ils flottent, il leur arrive d’accrocher des visages. Et l’on se met à imaginer des vies.
J’étais l’autre jour sur la ligne 4 où les annonces se font en français, en anglais et, Dieu sait pourquoi, en espagnol. Face à moi, une dame hors du commun. Une chevelure blanche ébouriffée avec une longue mèche qui pendouillait jusqu’à sa poitrine. Ses vieux doigts la trituraient. Une veste misérable, un pantalon pas tout propre qui laissait les mollets nus malgré le grand froid. La bouche s’agitait, récitait en silence toutes sortes d’histoires. De son sac en plastique émergeaient une épingle à tricoter et un bout de lainage.
Puis la voix sortit. Avec un sourire guère tranquille. La dame regardait autour d’elle des hommes pétris de sérieux. «Alors les mecs? Vous ne savez plus rigoler? Il y a de quoi, vous ne trouvez pas?» Les messieurs, gênés, détournaient les yeux ou restaient hébétés. J’avoue, moi aussi, je ne sus que dire et que faire. Retenu par un vague sentiment de honte. J’essayai un sourire. Coincé. Il ne lui a pas plu.




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