«Project Panama», l’autodafé qu’Anthropic aurait préféré garder secret

Tatiana Crelier

Par Tatiana Crelier · Publié le 28 août 2026 · 7 min de lecture

«Project Panama», l’autodafé qu’Anthropic aurait préféré garder secret
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En 2024, Anthropic lançait en toute discrétion une opération destinée à acquérir, numériser, puis détruire des millions de livres afin d’alimenter Claude, son intelligence artificielle. Une pratique légale aux Etats-Unis, qui dépasse largement la question du droit d’auteur. A mesure que les machines absorbent notre patrimoine écrit, que restera-t-il de notre rapport aux livres si l’IA finit par s’interposer entre les textes et leurs lecteurs?

Sommaire

Vous souvenez-vous quand, en février 2026, les gens sont passés de ChatGPT à Claude parce qu’Anthropic avait bravement tenu tête au Pentagone, refusant de se prêter à la surveillance de masse des citoyens américains? A l’époque, l’affaire avait fait grand bruit. Ce qui est resté presque silencieux, c’est un petit scandale du nom de Project Panama, révélé un mois plus tôt par le Washington Post. L’histoire avait alors suscité étonnamment peu d’attention. Ces dernières semaines, elle refait surface.

Rembobinons jusqu’en 2024. Anthropic lance alors le Project Panama, décrit en interne comme un «effort visant à numériser de manière destructive tous les livres du monde» afin de constituer un corpus d’entraînement pour Claude. D’après le document de planification du projet, Anthropic ne «voulait pas que ça se sache». Sans blague. J’imagine que l’entreprise tenait à éviter toute association avec les images d’autodafés qui sommeillent dans notre inconscient collectif. Mais est-ce vraiment la seule raison? Et quelle était la démarche de ce projet? Comment sommes-nous passés de «on va apprendre à notre chatbot à mieux écrire» à «et si on déchiquetait des millions de livres»?

Eh bien, avant les déchiqueteuses, il y a eu le piratage. Plutôt que d’obtenir les autorisations nécessaires pour utiliser les livres numériques disponibles, l’entreprise télécharge environ sept millions d’ouvrages par l’intermédiaire de bibliothèques pirates, notamment LibGen et Books3, pour éviter ce que Dario Amodei, PDG d’Anthropic, qualifiait de «legal/practice/business slog» — en gros, une corvée juridico-commerciale. Ces téléchargements finiront par valoir à Anthropic une action collective en contrefaçon, réglée par un accord historique de 1,5 milliard de dollars. Entre-temps, Anthropic s’était mis en quête d’une méthode moins risquée pour apprendre l’alphabet à son bébé robot: acheter des livres physiques et les numériser — en les détruisant.

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