L’hantavirus, vieux compagnon des armées


Le cluster découvert sur le navire de croisière MV Hondius a mis en lumière, à la faveur d’un traitement médiatique rappelant un peu les débuts du Covid, l’existence de l’hantavirus des Andes. En fait, les hantavirus accompagnent les armées du monde entier depuis un siècle. Une étude académique, publiée en 2020, en tirait des conclusions stratégiques pour les Etats-majors.
Trois morts, onze cas confirmés ou probables, vingt-deux pays mobilisés pour rapatrier les passagers du navire de croisière… l’épidémie d’hantavirus des Andes signalée à l’OMS le 4 mai 2026 fait la une des médias. Comme aux grandes heures du Covid. Avec son lot d’exagérations. Cette famille de virus, pourtant, est connue de longue date, en particulier des militaires. Depuis plus d’un siècle, les armées du monde entier sont confrontées aux hantavirus. C’est ce que soulignait déjà une étude parue en 2020.
Des épidémies silencieuses
La Grande Guerre est surtout associée, dans son volet épidémique, à la grippe espagnole. Mais, dès 1914, dans les tranchées du front occidental, les soldats britanniques développent une maladie rénale aiguë associée à de la fièvre et à des hémorragies. Elle sera baptisée néphrite des tranchées. Elle était vraisemblablement causée par le virus Puumala, un hantavirus transmis par le campagnol des champs. Elle représentait 25 % des lits de triage de la Force expéditionnaire britannique. A l’entrée en guerre des Etats-Unis, en 1917, 0,54 % de leurs 370 000 militaires (environ 2 000 hommes) en étaient atteints. La promiscuité des tranchées, la destruction des infrastructures agricoles et les réserves alimentaires militaires avaient créé les conditions de cette épidémie silencieuse.
En 1942, plus de 1000 soldats, majoritairement allemands, tombent malades en Laponie du Nord lors de la Guerre de Continuation. En cause, très probablement, selon les historiens, ce même virus Puumala. En Mandchourie, lors de la Seconde Guerre sino-japonaise (1937-1945), les forces impériales japonaises enregistrent aussi 12 000 cas d’une maladie causant néphrites et hémorragies. Aucun agent causal ne sera identifié avant des décennies. Il s’agissait probablement d’un hantavirus.




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