Quand l’armée suisse était un laboratoire de la guerre cognitive occidentale


Dans la mémoire collective suisse, l’armée incarne la défense ultime de la neutralité. Une armée de milice, ancrée dans le territoire, méfiante à l’égard des grandes puissances, gardienne sourcilleuse de l’indépendance nationale. Pourtant, dès les années 1950, cette institution se retrouve au cœur d’un flux intense d’informations stratégiques venues de l’étranger. Une part significative de ces analyses porte, évidemment, sur un sujet: la menace soviétique. Ce discours ne vient pas directement de Londres ou de Washington. Il transite par des canaux plus discrets, dans un espace rarement interrogé par l’historiographie: les revues militaires helvétiques.
Sommaire
La Suisse dans la guerre secrète de l’information – Episode 2
Dans la Suisse de la guerre froide, les revues militaires occupent une place singulière. Elles ne s’adressent pas au grand public, mais à un lectorat restreint et stratégique: officiers et sous-officiers de milice, cadres de l’état-major, instructeurs, experts en défense nationale. Elles constituent un lieu de formation intellectuelle, où se forgent les représentations de la menace, les doctrines de sécurité et les lectures du monde.
Etre publié dans ces revues officielles ou semi-officielles, ce n’est pas simplement «écrire dans la presse». C’est entrer dans le champ de la pensée stratégique suisse.
Or, à partir de la fin des années 1950, le nom d’un agent de l’Information Research department (IRD) apparaît régulièrement dans ces revues militaires, parfois comme auteur, parfois comme expert cité ou commenté. Cette présence s’étend sur plus de vingt ans, de 1959 jusqu’au début des années 1980.




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