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L’histoire tordue et effacée: une arme de guerre

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 30 janvier 2026 · 14 min de lecture

L’histoire tordue et effacée: une arme de guerre
A Gaza, Israël ne broie pas que les corps, il veut aussi effacer une culture millénaire. © Shutterstock

Trump révise le passé des Etats-Unis et du monde pour le glorifier. Le pouvoir ukrainien efface l’héritage culturel russe. Poutine met entre parenthèses l’horreur de l’ère stalinienne. Xi Jinping fait de même avec la Révolution culturelle meurtrière de Mao. Israël écrase les traces et le souvenir de 5000 ans de civilisations à Gaza. La relecture de l’histoire est un outil puissant dans les conflits d’aujourd’hui comme d’hier.

On sourit lorsque le président américain nous raconte à Davos que la prospérité suisse doit tout aux Etats-Unis. Mais cet «illettré de l’histoire», souvent ainsi qualifié, a de la suite dans les idées dans son spectacle permanent. Il met en œuvre, chez lui, toute la puissance de l’Etat pour «corriger» le récit des historiens, ce que montrent les musées, ce qu’enseignent les écoles. Il mobilise les géants du cinéma et de la télévision qui déversent leurs images dans le monde, partout où cela est encore possible… et généralement applaudi.

Ce n’est pas nouveau, bien sûr. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, les USA usent d’un extraordinaire soft power — pas si soft d’ailleurs — sur l’Europe en particulier. L’exemple italien est parlant. Dès 1944, alors que Cinecitta avait été bombardée, apparurent les néo-réalistes: les Rossellini, Visconti, De Sica et autres, qui montrèrent les villes fracassées, les campagnes en détresse. La puissante Hollywood fit alors déferler les films, s’installa dans les studios romains et fit tout pour marginaliser les talents non conformes aux souhaits américains. Imposant ce flot d’images à la gloire de l’Amérique sous la menace, en cas de refus, de couper toute aide à la reconstruction de l’Italie. Avec la volonté de contrer ainsi la tentation communiste qui était forte à l’époque.

Le pari a réussi, il est même durable: en France, aujourd’hui, où la production est fortement soutenue par l’Etat, quatre entrées de cinéma sur dix vont aux films américains qui, il est vrai, ne relèvent pas tous d’un récit trop glorieux. En Suisse, c’est six sur dix. Quant à la télévision, regardez les programmes…

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