Un monde de riches crétins

Patrick Morier-Genoud

Par Patrick Morier-Genoud · Publié le 20 septembre 2024 · 2 min de lecture

Un monde de riches crétins

«Un couple parfait», Suzanne Bier, Netflix, six épisodes.

Il y a quelques années, lors d’une séance de rédaction de Bon Pour La Tête, un de mes confrères m’a reproché de tenir des raisonnements «anti-riches». Je ne me souviens plus de quoi il s’agissait mais je reconnais que c’est atavique: je suis né pauvre et il y a de fortes chances pour que je meure de même, sauf qu’entre deux j’ai lu Marx, Bakounine et Guy Debord. Si je vous raconte ça, c’est pour préciser d’où je parle. Un couple parfait met en scène toute une famille de riches réunie avec des amis sur l’île étasunienne de Nantucket pour le mariage d’un des trois fils. Ils sont bien sûr insupportables, arrogants et plutôt méprisants. Un meurtre va avoir lieu et ça va faire comme un grain de sable dans ce petit monde où tout est, en apparence, bien huilé. Il n’y a pas grand-chose à dire sur l’intrigue, c’est du classique, elle est inspirée par celles d’Agatha Christie, ça peut plaire. Ce qui est autrement plus intéressant, c’est la vision qui est donnée de cette bourgeoisie américaine, qui sans doute vote démocrate. Le père est un ivrogne désœuvré qui fume de la marijuana et trompe sa femme. Celle-ci est écrivaine à succès. Les fils sont des crétins. La future mariée, elle, vient d’un milieu plus modeste mais elle a quand même de belles dents blanches et est très propre sur elle. Comme l’est le chef des policiers de l’île, un sympathique Afro-Américain. Seule l’enquêtrice venue du continent fait un peu tache. C’est une série qui ne met en scène que des clichés, et ça aussi, ça peut plaire. Il y a bien sûr un climax, des révélations. Mais à la fin, tout rentre dans l’ordre. Les fils sont toujours des crétins, la mère toujours écrivaine à succès et le père, toujours désœuvré, fume un pétard avec la bonne. Pourquoi une série aussi insipide se laisse-t-elle regarder sans déplaisir? En ce qui me concerne, c’est parce que j’y trouve de quoi alimenter mon mauvais esprit anti-riches. Vous voilà prévenus.


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