Un conte révolté, une ode aux sorcières

Patrick Morier-Genoud

Par Patrick Morier-Genoud · Publié le 6 septembre 2024 · 2 min de lecture

Un conte révolté, une ode aux sorcières

«Hexes», Agnieszka Szpila, Editions Noir sur Blanc, 448 pages.

La collection Notabillia des Editions Noir sur Blanc propose de nombreux livres étonnants qui ne laissent pas indifférent. On se souvient par exemple de Jeudi, d’Eden Levin. Hexes, d’Agnieszka Szpila est tout à la fois un conte médiéval et un pamphlet. Un conte parce que l’essentiel du récit se déroule il y a quatre cents ans, un pamphlet car le virilisme et le patriarcat y sont combattus. Tout débute à notre époque, avec Anna Szajbel, présidente de la compagnie pétrolière d’Etat, femme ambitieuse qui n’aime pas les écologistes. Sauf que, somnambule, elle se retrouve à faire l’amour à un arbre; sa vie va changer. C’est là qu’intervient le conte, l’histoire d’Hélène Spalt, puis de sa fille et de sa petite-fille au XVIIème siècle. L’histoire de la Vieille Pucelle aussi, à l’origine du monde. Hélène, ses descendantes et ses compagnes de combat vont se confronter durement avec les hommes, maris ou évêques. Elles vont prôner le sexe avec les végétaux plutôt qu’avec les hommes, fournir aux femmes de quoi ne pas tomber enceintes, faire débander leurs maris, clore leurs vagins à la pénétration masculine. Elles vont se frotter aux troncs moussus et entre elles. Dit comme ça, ça peut ressembler à un manifeste féministe. Le grand talent d’Agnieszka Szpila est de réussir à parler de tout cela avec une fantaisie débridée, un humour insolent, un talent littéraire incontestable, une énergie et une sensualité enthousiasmantes. C’est un conte car il y a de la magie, des hallucinations, du surnaturel et que tout ça est tellement plus vivant que le rationalisme stérile dont nous sommes culturellement victimes depuis des siècles – vivement que l’on change de civilisation! Ce que trouveront les femmes dans ce livre, je ne peux pas le dire. Les hommes, eux, pourront, s’ils le souhaitent, s’interroger sur l’importance qu’ils donnent aux quelques centimètres de corps spongieux et caverneux recouvert de peau autour desquels ils font si souvent tourner le monde.

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