Stefan Zweig et la croix blanche sur fond rouge


Dans deux volumes d’écrits politiques et d’entretiens parus début janvier, l’auteur du Monde d’hier apparaît moins apolitique que sa légende ne le laissait supposer. Soucieux de reformer et de consolider «l’unité intellectuelle de l’Europe», surtout après le chaos de la Grande Guerre, il s’y emploie activement et érige la Suisse, où bat pour lui «le coeur de l’Europe» en modèle de dignité morale.
Le premier contact avec la Suisse du jeune Stefan Zweig, né en 1881 dans une famille de la bourgeoisie juive viennoise, est précoce. Puisqu’apprendre le français est un chic incontournable, c’est sa gouvernante, originaire de Suisse romande, qui l’initie. Dans L’Esprit européen en exil, publié par Bartillat, on lit avec tendresse un brouillon de 1941 destiné à une interview, «Aller en Amérique du Nord veut presque dire en ce moment, pour un écrivain, revenir en Europe», écrit dans un français élégant et limpide, coloré de tournures allemandes. Sa mère, Ida Brettauer, née à Ancône, lui enseigne aussi l’italien.
La Suisse, Stefan Zweig s’y reflète comme dans un miroir. Neutre, en 1914-1918 puis en 1939, quand lui s’efforce, en vain, de ne pas s’engager trop avant en politique, de ne pas laisser les affaires du monde envahir son existence et son être d’écrivain. Cosmopolite, brassant plusieurs langues et cultures. Humaniste et apaisée, autant que possible.
Stefan Zweig séjourne en Suisse à de nombreuses reprises. Il n’est pas un touriste ébahi devant les paysages, le calme et l’air pur des sommets. Il y travaille, y rencontre des amis, y noue des contacts.




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