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Redécouvrons la galanterie

Jonas Follonier

Par Jonas Follonier · Publié le 22 septembre 2020 · 6 min de lecture

Redécouvrons la galanterie
Mona Ozouf, historienne et philosophe française. - © DR

Les manières se font rares. Parmi elles, la galanterie. Serait-elle un code sournoisement porteur d’inégalité? Dans le sillage de Rousseau, les féministes l’affirment. Mona Ozouf, qui se considère comme féministe, défend l’idée inverse depuis de nombreuses années. Pour elle, c’est justement parce qu’elles sont artificielles que les manières permettent la vie en société. Voilà qu’elle déploie son argumentaire au sein d’un nouveau livre, «Pour rendre la vie plus légère» (2020), aux Editions Stock, un recueil de ses différentes interventions et de celles de ses interlocuteurs dans l’émission «Répliques» d’Alain Finkielkraut. Un ouvrage bon pour les méninges.

Sommaire

Et si ce n’était pas la nature qui avait raison, mais l’art de vivre? Et si les conventions sociales nous permettaient d’être pleinement nous-mêmes? C’est la thèse que défendait le philosophe britannique David Hume, en opposition à un Jean-Jacques Rousseau adepte du célèbre «retour à la nature». Mona Ozouf est une historienne et philosophe française qui réhabilite Hume: pour elle, c’est la civilisation qui compte, dans ce qu’elle a de compléments à offrir à la nature. C’est sur fond de cette vision de l’homme comme animal social que l’auteure revalorise la galanterie dans Pour rendre la vie plus légère. Les livres, les femmes, les manières, tentant par ses réflexions de convaincre à nouveau ceux qui l’ont délaissée. Et ses arguments sont puissants.

La galanterie comme dépassement de la nature

Mona Ozouf a en effet une conception fort originale et intéressante de la galanterie, comme de la littérature. D’ailleurs, chez elle, la littérature et les manières contribuent, dans un dialogue subtil, à rendre la vie plus légère, au même titre que la féminité – d’où le titre et le sous-titre de l’ouvrage. Mona Ozouf valide en quelque sorte la définition classique de la galanterie comme une inversion artificielle où la femme devient forte et l’homme faible. Mais au contraire des adversaires de la galanterie, qui voient en elle une confirmation hypocrite de la faiblesse naturelle des femmes, la philosophe, à la suite de Hume, considère ce code comme un parti-pris en faveur de l’artifice, autrement dit pour la supériorité de celui-ci sur la nature (et non la supériorité de l’homme sur le femme ou de la femme sur l’homme):

«[…] la galanterie est une compensation délibérément apportée à une inégalité naturelle, celle de l’homme et de la femme. J’entends déjà ceux qui disent: « Vous voyez bien, il convient que c’est une inégalité naturelle, la galanterie est donc un piège pour la conserver. » C’est vrai, à la différence que, pour Hume, les artifices comptent plus que la nature, puisque le fond de la nature humaine est précisément la capacité à créer des artifices.»

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