Raconter une histoire sans faire d’histoire

Patrick Morier-Genoud

Par Patrick Morier-Genoud · Publié le 12 août 2022 · 1 min de lecture

Raconter une histoire sans faire d’histoire

«Galel», Fanny Desarzens, Editions Slatkine, 136 pages.

Voilà un livre qui nécessite un peu plus qu’une appréciation positive ou négative. L’autrice, Fanny Desarzens, est jeune – 29 ans, elle a fait de modernes études en arts visuels à la HEAD de Genève, mais son roman fait tout de suite penser au vieux Ramuz. Or, Ramuz, c’est comme la fondue: qu’on l’aime beaucoup, un peu ou pas du tout, c’est un peu lourd sur l’estomac. Il est intéressant de lire Galel, ne serait-ce que pour comprendre comment les jeunes acteurs et actrices de la culture romande trempent leur pain dans le caquelon de leurs aînés. Fanny Desarzens raconte une histoire en apparence sans faire d’histoire. Trois hommes travaillent à la montagne, qui comme guide, qui comme gardien de cabane. Ils s’aiment bien mais s’expriment peu, moins que la montagne en tout cas. C’est là que le fantôme de Ramuz surgit comme la flamme du réchaud: les paysans et les montagnards seraient – ontologiquement? – moins expressifs que les paysages. A une époque où chacun bavarde de rien et de rien sur les réseaux sociaux, ça calme un peu le jeu. A une époque, la même, où le nombrilisme est de mise, ça donne un peu d’air. «Tout paraissait tellement évident, pour Galel. Marcher, manger, dormir. Simplement marcher, manger, dormir et faire ça avec de la joie. Et quand il y a du chagrin, simplement se consoler et se remettre à marcher.» Peut-on dire qu’il s’agit d’une fiction rousseauiste?

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Le créateur romand qui brille en Allemagne

CultureArticle

Le créateur romand qui brille en Allemagne

Julien Chavaz, 44 ans, qui a étudié le théâtre à Lausanne et Genève, traîné ses guêtres sur plusieurs scènes européennes, est couvert de prix pour ses multiples activités créatrices. Il est aujourd’hui superintendant du Théâtre-Opéra de Magdeburg, en Sachsen-Anhalt. Au cœur de la bataille politico-culturelle qui s’annonce.

Jacques Pilet

Qui mène la danse? La CIA, inévitablement!

CultureArticle

Qui mène la danse? La CIA, inévitablement!

Pour contrer les Soviétiques durant la guerre froide, les Etats-Unis menèrent une véritable offensive culturelle qui se poursuit de nos jours. Elle se déploya tous azimuts afin d’ancrer dans les mentalités européennes la supériorité de l’Amérique. Il existe un livre de référence à ce sujet, publié en 1999: «Qui menait la danse? La CIA et la guerre froide culturelle». Son autrice, la Britannique Frances Stonor Saunders, est décédée le 31 août à l’âge de 60 ans. L’occasion d’un hommage.

Martin Bernard