Migraines socialistes


Il y a peu, le président du PS suisse se félicitait de sa capacité de résistance, comparée à la déroute de la social-démocratie en France, en Italie, et dans plusieurs autres pays européens. Moins d’euphorie aujourd’hui. Gros soucis à l’approche des élections de l’automne. En raison du flottement face au dossier Suisse-Europe, de la concurrence des Verts, des mécontentements qui se manifestent dans les ailes gauche et droite du parti
Sommaire
Une image a choqué nombre d’électeurs du PS. Lors d’une récente Arena de la TV alémanique, Christoph Blocher et le conseiller national socialiste Corrado Pardini ont ferraillé, côte à côte, contre l’accord prévu avec l’UE. C’en était trop pour les pro-Européens. Une parlementaire zurichoise connue, Chantal Galladé, a du coup changé de parti et est passée chez les Vert’libéraux. Un vieux poids lourd de la famille, Oswald Sigg, s’est fâché. Et la grogne fut telle que l’influent Roger Nordmann, conseiller national vaudois, et le président du PS, Christian Levrat, ont dû rectifier le tir avec le slogan «oui à l’Europe, oui à la protection des salaires». Le groupe de politique étrangère Foraus a suggéré une liste précise de mesures que la Suisse pourrait prendre pour maintenir la protection des salariés tout en acceptant l’accord. Le PS aurait pu faire ce travail lui-même autant plutôt que de peindre le diable sur la muraille en touillant les émotions.
Mais la migraine va au-delà de ce tangage. Un récent sondage a sonné l’alarme. Avec 17,4% des intentions de vote, le PS n’est plus certain de dépasser les radicaux-libéraux. La pente sera dure à remonter. Depuis des décennies, une partie de l’électorat populaire – en plus de la droite traditionnelle – est passée à l’UDC. Celle-ci, qui n’a guère brillé dans les exécutifs, s’émoussera peut-être (elle perdrait 2,4 % des intentions de vote) mais elle se maintiendra à un haut niveau. Et les Verts sont en progression, souvent au détriment des socialistes.
Il n’y a pas que les chiffres qui doivent troubler la gauche. On perçoit de plus en plus, dans les classes moyennes – vivier habituel – une inquiétude montante (voir l’interview de Myret Zaki dans BPLT). Le pouvoir d’achat s’érode. Assurances, impôts, salaires stagnants, les prix qui grimpent notamment dans le duopole Migros-Coop, l’inflation cachée non compensée. Sans parler des peurs du lendemain: mutations technologiques, resserrement des effectifs partout, difficultés à trouver du travail pour des jeunes aux formations inadéquates et pour les quinquagénaires largués. Menaces à terme sur les retraites. Les super-riches voient leur fortune enfler chaque année et les classes moyennes sont à la peine. Qui peut croire que, comme les autres, les Suisses ne le savent pas? Ils sont dociles et conservateurs, d’accord, mais leur colère d’abord muette n’est pas loin et se fera entendre un jour.




Commentaires
Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.