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Metin Arditi et Richard Ford, ces grands orphelins

Isabelle Falconnier

Par Isabelle Falconnier · Publié le 6 août 2017 · 7 min de lecture

Metin Arditi et Richard Ford, ces grands orphelins
Richard Ford avec ses parents Parker et Edna. Metin Arditi avec son père Dario. - © DR

Les écrivains Metin Arditi et Richard Ford livrent chacun un récit poignant sur leur père disparu. A lire en regardant les pères jouer avec leurs fils sur la plage.

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Ils jouent au ballon sur les plages, les pères et les fils. Ils improvisent des matches de foot devant la tente de camping, se défient à la course, vont chercher ensemble les croissants le matin. L’été est la saison des pères et des fils. Et donc le moment parfait pour se plonger, avant la déferlante des romans de la rentrée littéraire, dans deux récits de pères et de fils, «Mon père sur mes épaules» du Suisse Metin Arditi et «Entre eux» de l’Américain Richard. Deux récits beaux et poignants qui ont beaucoup en commun.

A commencer par l’absence du père, pour des raisons différentes. Parker Ford meurt d’une crise cardiaque à leur domicile de Jackson dans le Mississippi lorsque Richard a 16 ans. Avant, il était voyageur de commerce, toujours sur les routes, tournant dans sa Ford les sept Etats du sud toute la semaine. Edna, la mère, élève seule le fils. Du coup, le fils est constamment «en attente» de ce père qui ressemble à une ombre – «une présence lointaine (…) comme des îlots dans un océan d’absence». Même attente dans ce quartier du Günesh à Istanbul où Metin Arditi passe sa petite enfance et où tout tourne autour de la figure de son père, homme d’affaire constamment en voyage, sépharade germanophoe grandi à Vienne, héros d’une famille juive cosmopolite, en attente de ce qu’il dirait, penserait, ferait, apprécierait ou pas. Puis même attente, plus douloureuse, plus longue, dans cet internat de Suisse où son père l’envoie le lendemain de l’anniversaire de ses sept ans parce que le règlement de l’école précisait: «sept ans révolus». Onze années durant lesquelles le fils ne reviendra qu’une fois chez lui, onze années à ne voir son père que trois ou quatre fois par année pendant quelques heures, onze année de solitude extrême et blessée.

Les comptes ne sont pas soldés

Et même quand le père est présent, il se révèle inadéquat, inattentif, décevant. C’est vers sa femme que le père de Richard Ford se précipite, faisant vaguement sentir à Richard, né lorsque ses parents ne s’attendaient plus à le devenir, vivant jusque là dans une osmose autarcique, qu’il est de trop dans leur bonheur. «Sur la touche», voilà ce qu’il ressent face au père. Il ne se souvient pas d’avoir eu une discussion avec lui, ou qu’un jour son père lui ait demandé ce qui lui «passait par la tête». Son dernier souvenir, c’est cette guitare que son père lui offre pour ses 16 ans, juste avant sa mort en 1960.

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