Les étudiants indonésiens dans la rue contre la charia

Amèle Debey

Par Amèle Debey · Publié le 8 octobre 2019 · 2 min de lecture

Les étudiants indonésiens dans la rue contre la charia
En plus du durcissement de la charia, les manifestants s'élèvent également contre les nouvelles lois qui restreindront la marche de manœuvre de la Commission anticorruption du pays. - © Twitter

Afin de lutter contre une radicalisation du système judiciaire au niveau national, la jeunesse indonésienne s'est soulevée, fin septembre, dans des manifestations qui sont les plus violentes qu’a connu le pays depuis la fin des années 90. Le durcissement des lois entourant le comportement des couples, notamment, pourrait même s’appliquer aux touristes, rapporte le «Spiegel».

Dans le pays le plus musulman du monde (l’Indonésie abrite près de 13% de la population musulmane de la planète), l’heure n’est plus à la tolérance. Sous l’influence des fondamentalistes, une série de lois est sur le point d’être ratifiée au niveau national, afin d’ancrer solidement une version extrême de la charia dans le système judiciaire de ce pays d’Asie du Sud-Est, composé de 260 millions d’habitants. Désormais, les forces intégristes du pays prônent une version durcie de l’islam. Dans la province d’Aceh, où la charia est en vigueur depuis plusieurs années, les couples illégitimes sont punis de coups de bâtons. Ceux qui vivent ensemble sans être mariés risquent la prison. Outre les rapports sexuels extraconjugaux et les avortements sans consentement médical, la recherche d’informations sur les méthodes contraceptives et les insultes envers le gouvernement et la religion peuvent également être sévèrement punies. La volonté de se débarrasser des lois actuelles, remontant à l’époque coloniale hollandaise, fait partie des mobiles pour légitimer ce changement. «L’Etat doit protéger ses citoyens contre les comportements contraires aux préceptes suprêmes de Dieu», a justifié un politicien du Prosperous Justice Party à Reuters.

Pour la première fois depuis 1998, des manifestations violentes ont donc secoué le pays. Menées par les étudiants indonésiens qui s’organisent et se comportent de façon similaire aux étudiants hongkongais, selon le Spiegel, qui fait une comparaison entre les deux mouvements de révolte. Inspirés par leurs camarades Hongkongais, les jeunes Indonésiens ont compris comment les cartouches de gaz lacrymogène peuvent être rapidement rendues inoffensives et comment se connecter les uns aux autres via les réseaux sociaux. Ils n’ont pas non plus de leader, et utilisent internet pour se rassembler, s’organiser et dénoncer la répression policière dont ils sont victimes. En revanche, contrairement aux manifestations de ce territoire indépendant situé au sud-est de la Chine, la révolte indonésienne a fait deux morts. Ce qui a poussé le président, récemment élu pour un second mandat, à réagir.

Tourisme en danger

Malgré une baisse récente de fréquentation, Bali est une région prisée par les touristes. Mais il y a fort à parier que ceux-ci seront de moins en moins nombreux à plébisciter l’île pour les vacances, puisque les nouvelles lois interdisant les rapports sexuels en dehors du mariage s’appliqueront également aux touristes. L’Australie a déjà officiellement mis en garde ses ressortissants.

Face au danger qu’une telle menace fait peser sur le secteur touristique, dans cette région qui attire des millions de visiteurs annuellement, le président, Joko Widodo, est intervenu pour repousser le vote de ces lois liberticides, selon la BBC. Mais jusqu’à quand?


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