L’Union européenne, dernier refuge de ceux qui la détestent

Camilla Tartaglia

Par Camilla Tartaglia · Publié le 23 octobre 2026 · 5 min de lecture

L’Union européenne, dernier refuge de ceux qui la détestent
L'Union européenne est au centre de nombreux débats sur l'avenir du continent. © DepositPhotos.com

Longtemps cible favorite des partis populistes, Bruxelles pourrait devenir leur meilleur atout. À l’approche de la présidentielle française de 2027, Marine Le Pen ne parle plus de quitter l’Union, mais de la transformer de l’intérieur. Et si, face à Washington et à Moscou, l’extrême droite européenne finissait par troquer la préférence nationale contre la préférence européenne ?

Sommaire

L’élection présidentielle française de 2027 fait déjà couler beaucoup d’encre en France mais également dans les pays voisins. Plusieurs enjeux massifs sont à l’ordre du jour, dans un pays qui est au bord de la ruine et de la rupture sociale. Les sondages donnent pour l’instant Marine Le Pen en tête au premier tour de cette élection, ce qui représenterait le malheureux renouement d’un énième pays européen avec l’extrême droite.

Une question centrale demeure toutefois en arrière-plan : quel avenir pouvons-nous espérer pour l’UE avec la montée du populisme au sein de ses États membres ? Certains dirigeants ou candidats ont très clairement affiché leurs ambitions : réduction des contributions allouées à l’UE, priorisation du droit national ou encore la restriction de la libre circulation des personnes au sein de l’espace Schengen.

Le paradoxe est pourtant frappant. Pendant des années, ces mouvements ont fait de Bruxelles leur adversaire fétiche, le symbole d’une technocratie coupée de la réalité des peuples. Aujourd’hui, Marine Le Pen ne remet plus en cause la participation de la France à l’UE ni à la zone euro : elle prône leur transformation de l’intérieur, preuve que l’Union reste, malgré tout, un cadre dont il est difficile de se passer.

De la préférence nationale à la « forteresse Europe »

Or, dans un contexte géopolitique mondial polarisé, causé par des leaders incontrôlables des deux côtés du globe, est-ce que l’UE ne pourrait pas devenir le dernier garant de la puissance du continent européen ?

La question semble presque absurde, il est vrai, mais si l’on se penche sérieusement sur ce qu’elle induit, on peut y déceler une part de réalisme. Une partie de l’extrême droite populiste européenne défend l’idée selon laquelle les Européens seraient les derniers héritiers d’une « race supérieure » et d’une culture majoritairement chrétienne. À cet égard, ne pourrions-nous pas imaginer une translation de la « préférence nationale » à la préférence européenne ?

Certes, l’UE souffre de nombreux défauts qui la paralysent systématiquement, tels qu’un appareil bureaucratique trop lourd pour ne citer qu’un exemple. Mais une fois certaines réformes effectuées, l’institution supranationale semble être le terrain fertile naturel pour la reconstruction de la légitimité du continent européen. Une nostalgie toute fabriquée de ce qui a un jour été l’Empire européen, similaire aux outils de propagande populistes, pourrait s’expliquer et trouver place dans les lignes du programme d’un parti extrémiste.

Les contours de cette réalité utopique existent déjà d’ailleurs au sein de l’institution : contrôle des frontières extérieures, éventuelle défense commune, politique industrielle face à la Chine. De ce fait, sur plusieurs de ces dossiers, l’échelle nationale paraît dérisoire face aux puissances continentales. Un discours de « forteresse Europe » permettrait à ces dirigeants de conserver leur rhétorique identitaire tout en s’appuyant sur une puissance collective qu’aucun d’eux ne peut incarner seul et dont les bases sont déjà construites et solides.

L’État de droit, obstacle de taille

Il est clair cependant qu’une divergence évidente subsiste entre les valeurs démocratiques pacifiques de l’UE et le non-respect répété des institutions scandé par l’extrême droite. Cette conversion se heurterait alors à un obstacle de taille. L’Union n’est pas qu’un marché ni qu’un bouclier, elle repose de fait sur l’État de droit, sur des juges indépendants, sur l’égalité entre ses citoyens. Vouloir en tirer la puissance sans en accepter les contraintes reviendrait à vider le projet de sa substance, et à transformer une communauté de droit en simple instrument de domination.

C’est précisément là que se joue la responsabilité des fonctionnaires et dirigeants européens. Si, le moment venu, l’extrême droite frappe à la porte de l’Union, il faudra avoir défini ce que l’on est prêt à défendre : une Europe ouverte, fondée sur des règles communes, où les institutions sont de véritables piliers et pas des obstacles à contourner par des manœuvres scabreuses dont seuls les extrêmes ont le secret.

Ce texte n’a aucunement vocation à donner des idées viles aux dirigeants d’extrême droite sur le territoire européen. Cependant, il a pour but d’interroger la tendance visant à délaisser l’UE au profit d’alliés qui se révèlent systématiquement être des ennemis.

L’idée est plutôt ici de prévoir le cas où, un jour, déçus et trahis par les États-Unis de Trump ou la Russie de Poutine, les dirigeants susmentionnés se tourneraient vers l’Union, implorant à genoux une reconstruction pour enfin faire exister leur fantasme sordide d’un continent blanc et « pur », où la main-d’œuvre étrangère n’est rien que de la main-d’œuvre semblable à une masse homogène et la créolisation n’est qu’un vieux cauchemar qui ressurgit parfois lorsqu’ils ferment les paupières.

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