Le Temps selon Pascal Quignard est comme un grand jardin de mots


Lier le proche et l’universel, le détail et tout le toutim, au gré de nos pauvres ou riches heures, est le propre du génie poétique. Celui-ci surabonde au fil des pages des «Heures heureuses», constituant le douzième volume du «Dernier royaume», grand voyage autour de la chambre d’échos du monde où musiques et pensées, présent immédiat et passés mêlés vont de pair face à la merveille du vivant et au silence intemporel de la mer – poids du monde et chant du monde.
Lorsqu’on lui demandait l’heure, la voyageuse étonnante (non moins qu’étonnée, cela va sans dire) qu’était Ella Maillart répondait: «il est maintenant», mais que voulait-elle dire? Je n’en sais trop rien, n’ayant jamais rencontré la fumeuse de pipe en question ni d’ailleurs beaucoup lu de ses récits de voyage «cultes» qui me semblaient manquer de charme et de chair et auxquels je préférais celui de Lina Bogli intitulé En avant! dans sa traduction française d’Anne Cuneo, mais cette réponse péremptoire et d’une apparente sagesse stoïcienne, ou peut-être zen, m’est restée sans que je sois sûr de sa signification ni de la sincérité de sa locutrice. Parce que maintenant c’est quoi et c’est quand? Célébrer l’ici et le maintenant vaut-il mieux que sonder le naguère et le jadis? Et qui, n’en déplaise à notre regretté compère Roland Jaccard, voudrait se cantonner dans le «monde d’avant» au motif que le présent devient inhabitable et non seulement à Bakhmout ou à Gaza?
Sur quoi, relevant d’un deuil, en rémission d’une maladie mortelle ou au bord de l’abîme du temps, vous lisez: «Il est l’heur».
Dans la profusion des nouveaux livres, l’autre jour, entre prix littéraires de l’automne et autres romans à succès «incontournables» voués à un oubli prochain, ce discret ouvrage blanc à titre bleu vous a fait signe et l’ouvrant vous êtes tombé sur ces lignes relevant de l’ici et du partout, du jadis et du maintenant de tout le temps: «L’amour est la seule motivation, immotivée, qui se rapporte directement à l’élan de la vie. Il est l’heur. Qui est aussi mal-heureux qu’il croit? Qui est aussi heureux qu’il l’avait espéré? L’annonce d’une maladie mortelle qui nous frappe délimite soudain l’ombre du paradis.»




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