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Le style Manchette

Yves Tenret

Par Yves Tenret · Publié le 21 février 2025 · 2 min de lecture

Le style Manchette

«Jean-Patrick Manchette: Ecrire contre», Nicolas Le Flahec, Editions Gallimard, 730 pages.

Jean-Patrick Manchette est mort il y a trente ans, après avoir, dans les années 1970, été l’initiateur de ce qu’on a appelé le néo-polar français. L’étude de Nicolas Le Flahec démontre que le behaviorisme de Manchette n’est pas ce qu’il paraît être, qu’il est beaucoup plus riche que le comportementalisme dans lequel on l’enferme, que la sécheresse du style n’exclut pas le déploiement, tout comme la distance par rapport aux personnages cache l’usage de souvenirs intimes. Il change de construction narrative à chaque livre, crée choc sur choc, multiplie les «comme si», les «peut-être», dit qu’il ne sait pas ce qu’il se passe. Ses évidences se déconstruisent, ses intrigues s’autodétruisent, sa stratégie est déceptive, ça tourne en rond, se répète. Pour troubler le jeu, il multiplie les parenthèses. Ses romans sont nourris de références politico-littéraires, d’Hegel, de Marx, de Debord. Son style cherche à rendre compte de la totalité du monde. Dès qu’une généralité s’esquisse, il la défait et un doute sur le langage parcourt tous ses écris. Du dérèglement au mutisme, la parole s’altère. Ça grogne. L’imparfait du subjonctif lui étant cher, il cherche à voir les choses qui sont derrière les choses, l’arrière fond historique. Il y a du Perec chez lui et pas mal d’allusions à la guerre d’Algérie. Orwell lui a appris la complexité du réel. Ayant un faible pour la littérature engagée, il est avant tout un raconteur d’histoires qui, en voulant déplaire, a plu, et en écrivant contre le monde, a écrit pour tout le monde. Cherchant à prendre de la hauteur pour dénoncer l’inanité du lien social, s’appuyant sur le Vocabulaire de la psychanalyse et sur Wilhem Reich, il se livre à des attaques constantes de la figure du père et de la mère, la sienne étant, dit-il, grossière, méchante et hystérique. Bref, il décrit des héros esseulés et impuissants et dissonance est son maître mot.

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