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Le siècle d’Yvette Z’Graggen

Publié le 11 mars 2020 · 5 min de lecture

Le siècle d’Yvette Z’Graggen
Yvette Z’Graggen (1920-2012) - © N. Brunel

Elle est l’une des très grandes dames des Lettres romandes. Yvette Z’Graggen, qui nous a quittés en 2012, aurait eu cent ans à la fin du mois. Femme indépendante, engagée, écrivaine à succès, elle a publié une vingtaine de romans et de récits qui tous questionnent son époque, La Punta, Matthias Berg, Ciel d’Allemagne. Elle est aussi l’une des premières à s’être interrogée sur ce que les Suisses, à commencer par elle-même, pouvaient savoir, durant la guerre, des camps et de la Shoah. Elle a aussi contribué à tirer de l’oubli cette autre magnifique écrivaine qu’est Annemarie Schwarzenbach.

J’ai eu la chance de connaître Yvette Z’Graggen. Nous nous sommes rencontrés à Vevey, chez Michel Moret, notre éditeur commun, qui, à partir de 1971, a publié l’ensemble de son œuvre, et bien sûr au Salon du livre de Genève, sur le stand des Editions de l’Aire. Et c’est à la Pinte des Mossettes, en Gruyère, à la grande époque encore de Judith Baumann, que la romancière avait célébré ses soixante-quinze ans. Pour l’entourer durant ce repas mémorable, Michel Moret avait convié quelques-uns de ses amis auteurs. Je n’ai rien oublié de ce moment fait de beaucoup de chaleur et d’une grande simplicité, à l’image de la jubilaire. C’est ce jour-là, je crois, qu’Yvette m’avait demandé de la tutoyer, «puisque, m’avait-elle dit, nous sommes doublement collègue», par la littérature et le journalisme. Elle avait longtemps travaillé à la rubrique société de la Radio Suisse Romande avant de rejoindre le metteur en scène Benno Besson à la Comédie de Genève dont elle fut l’assistante. C’est là que je l’avais croisée pour la première fois, en 1982. Je ne savais alors rien d’elle. 

Née à Genève d’un père alémanique et d’une mère aux origines hongroises, Yvette Z’Graggen a très tôt choisi d’écrire. Son premier roman, La Vie attendait, paraît en 1944 déjà. Son auteure n’a que vingt-quatre ans. Depuis 1941, elle travaille comme secrétaire à la Croix-Rouge internationale dans un service qui achemine des secours alimentaires et des médicaments aux populations civiles. Cette période avec ses débuts en littérature, elle l’évoquera plus tard dans un livre qui marqua les esprits, qui constitue surtout un tournant dans l’histoire littéraire romande, Les Années silencieuses. 

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