Le lancement d’un pôle d’innovation à Venise

Jonas Follonier

Par Jonas Follonier · Publié le 3 août 2020 · 2 min de lecture

Le lancement d’un pôle d’innovation à Venise
Venise, qui a connu nombre d'épidémies avant celle du coronavirus, réfléchit à un modèle de développement économique durable, loin des excès que le confinement a mis en relief. - © DR

A Venise, un mouvement est en route pour trouver des solutions innovantes aux problèmes économiques structurels que les effets du confinement ont mis en lumière plus que jamais. Leur vœu? Rendre le modèle économique vénitien durable et jouer un rôle d’exemple mondial.

50 millions de visiteurs: c’est le nombre de voyageurs qui, chaque année, gagnent la ville de Venise. Une telle dépendance au tourisme ne pouvait que se solder par une catastrophe économique avec la pandémie de covid-19. Mais la Sérénissime en a vu d’autres. A commencer par la peste noire qui arrive en 1347 et qui va ébranler ce carrefour du commerce mondial. C’est à ce moment-là que la «quarantaine» – à l’origine un délai d’attente de 40 jours pour les bateaux – est créée, établie par les Doges.

On compte d’ailleurs cinq églises vénitiennes bâties en commémoration de la peste, dont la Santa Maria della Salute. Aujourd’hui, un peu partout dans le monde, des voix s’élèvent pour édifier des monuments laïcs dédiés à la mémoire des victimes du covid. Mais face à ce projet louable apparaît un fait qui rend aussi discutable l’idée qu’il faille ériger de nouvelles statues en l’honneur des victimes de l’esclavagisme: les statues ne remplissent plus vraiment leur rôle.

Il existe des initiatives moins symboliques et plus orientées solutions. A Venise, justement, un groupe s’est formé autour de l’association Minima & Moralia pour réfléchir à un changement de modèle économique pour la ville. Carlo Bagnoli, professeur de stratégie et d’innovation à l’université Ca’Foscari, chapeaute le mouvement et a lancé le projet «VeniSIA». Son but? Créer un pôle d’innovation financé par des sociétés italiennes et multinationales et relié à Ca’ Foscari, ayant pour mission de trouver des réponses innovantes à des questions importantes telles que la durabilité. Quant aux collaborateurs recherchés:

«Le plan vise à attirer d’ici 2024 cinquante « entités d’innovation » qui engageront chaque année 500 nouveaux « résidents de qualité » dans le centre historique de la ville. Si nombre d’entre eux seront des étudiants de Ca’ Foscari, d’autres travailleront dans des laboratoires d’entreprises et des start-ups, ou administreront les activités de VeniSIA. L’idée est de retrouver un semblant du passé de Venise en tant que ville de travail. Cela pourrait même la rendre plus attrayante pour les visiteurs.» (traduit de l’anglais)

Faire de Venise un laboratoire pour éviter qu’elle ne se noie sous les eaux d’ici la fin du siècle et lancer une réflexion au niveau mondial: voilà bien une idée audacieuse qui mérite d’être suivie avec intérêt. D’autant plus si cela permet à la ville de devenir non seulement touristique, mais habitée – et donc active. La crise actuelle, en tant qu’événement inattendu, peut générer de nouvelles énergies positives. C’est une bonne nouvelle. Car pour envisager l’avenir, il ne suffit pas de pester contre le tourisme de masse et de louer la pureté des canaux.


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