Réservé aux abonnés

Le Kosovo, un bout d’Occident sous perfusion

Martin Bernard

Par Martin Bernard · Publié le 23 février 2024 · 6 min de lecture

Le Kosovo, un bout d’Occident sous perfusion
Pristina, capitale du Kosovo. © M.B.

Entre modernité et tensions communautaires, le Kosovo, qui a fêté le 17 février dernier les 16 ans de son indépendance, vit dans une incertitude diplomatique permanente. Le pays, avant-poste de l’Occident dans les Balkans, est toujours soutenu à bout de bras par les Etats-Unis et une partie des pays de l’Union européenne. Reportage.

Sommaire

Par l’un de ces hasards dont la vie a le secret, je me trouvais à Pristina, la capitale du Kosovo, lors des célébrations de l’indépendance de ce jeune Etat issu des guerres de Yougoslavie, le 17 février 2024. J’y retrouvais un ami, expatrié dans ce pays qui compte bon nombre de ressortissants allemands, autrichiens, italiens, suisses et surtout américains présents pour aider à la consolidation des institutions locales. Le pays abrite aussi la base militaire de Camp Bondsteel, l’un des points d’ancrage les plus importants de l’OTAN en Europe. Les Etats-Unis sont aujourd’hui, avec certains pays de l’Union européenne, les principaux soutiens et bailleurs de fonds du Kosovo, dont les structures étatiques souffrent d’une corruption «omniprésente», de l’avis de la Confédération helvétique.

En arrivant dans Pristina depuis l’aéroport, je passe devant un bâtiment imposant et flambant neuf: l’ambassade américaine, où siègerait aussi une antenne de la CIA. Quelques centaines de mètres plus loin, le nouveau bâtiment municipal de la ville, visiblement construit au rabais, fait pâle figure en comparaison. Un pan de son mur s’est d’ailleurs récemment écroulé, blessant un habitant. Bill Clinton et George W. Bush disposent respectivement d’un boulevard et d’une rue à leur nom, tandis qu’un buste de Madeleine Albright trône à deux pas de la Banque centrale. Le nom de Tony Blair, grand artisan de l’intervention occidentale lors de la guerre du Kosovo, occupe également une bonne place dans la ville. Les locaux avec qui j’ai discuté – tous très accueillants – reconnaissent volontiers que leur pays est sous la dépendance des puissances occidentales. Mais ils soulignent unanimement préférer cela au despotisme de Belgrade.

Un îlot d’occidentalisation

Si l’existence juridique du Kosovo est fragile, le pays se développe rapidement. A Pristina, vitrine du pays, la présence occidentale s’accompagne d’une modernisation rapide qui ne s’embarrasse pas d’écologie, et dont l’islam local (peu intégriste) s’accommode parfaitement. Hôtels de luxe et immeubles de logements sortent de terre à un rythme soutenu chaque année. De nombreux restaurants proposent une nourriture de grande qualité, au niveau des standards suisses ou français. Tout est fait pour stimuler la consommation, à commencer par l’énorme Mall de la ville, le plus grand des Balkans (plus de 200 commerces), inauguré en 2023. Je note aussi avec étonnement l’absence de journaux imprimés, la presse écrite n’étant accessible qu’en ligne. Ainsi que l’absence de boîtes aux lettres dans les immeubles – il faut régler ses factures via internet et se faire livrer en poste restante.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

L’Europe devrait renouer avec l’Afrique sans discuter

GéopolitiqueArticle

L’Europe devrait renouer avec l’Afrique sans discuter

A force de crises et de maladresse diplomatique, l’Europe a laissé s’éroder son influence en Afrique. Celle-ci est pourtant un partenaire clé pour l’avenir européen. Tandis que la concurrence s’impose sur le continent, Bruxelles et ses Etats membres amorcent un timide réajustement. Mais pour renouer avec des partenaires africains lassés des leçons de morale et des doubles standards, un peu de pragmatisme et de modestie seraient bienvenus.

Guy Mettan

BRICS: ce que leur «boycott» médiatique dit de l’Occident

GéopolitiqueArticle

BRICS: ce que leur «boycott» médiatique dit de l’Occident

A moins de deux semaines d’intervalle, deux sommets majeurs se sont tenus loin des projecteurs médiatiques occidentaux: celui de l’Organisation de coopération de Shanghai, les 31 août et 1er septembre 2026 à Bichkek, puis celui des BRICS, les 12 et 13 septembre à New Delhi. Au-delà de ces organisations elles-mêmes, cette relative indifférence révèle peut-être une difficulté plus profonde: celle d’un Occident qui voit se dessiner un monde multipolaire, mais continue souvent à le regarder avec les catégories d’hier.

Hicheme Lehmici

L’Europe ne doit pas être le choix du moins pire pour la Suisse

GéopolitiqueCourrier des lecteursLibre

L’Europe ne doit pas être le choix du moins pire pour la Suisse

Selon notre lecteur Daniel Rousseau, une partie de l’élite politique suisse serait prête à sacrifier l’indépendance du pays au confort d’une tutelle européenne. Critique des nouveaux accords avec l’UE comme de la logique de vassalité, il défend une Suisse capable de négocier sans se choisir un maître. Une stratégie qui, selon lui, a permis à la Confédération de prospérer malgré sa petite taille.

Bon pour la tête