Avec le micro-roman «Giulia» paru chez BSN Press, la Lausannoise Claire Genoux réussit le pari de se glisser dans la peau d’un handicapé de la parole. De la communication à tout le moins. Sacré défi pour une personne aussi à l’aise dans l’expression verbale qu’une poétesse enseignant à l’Institut littéraire de Bienne!
Des phrases abruptes, rocailleuses, pleines d’aspérité. Pour dire la montagne, le dépassement de soi, l’envie de grandeur. Le besoin de considération. Quitte à en baver, quitte à braver la colère de la montagne, la tempête, le froid, la nuit. Parce qu’un homme, ça ne recule devant rien. Et parce que la victoire, il la lui faut, c’est une question de survie sociale. Alors quand l’amour s’en mêle, forcément, ça ne tombe pas au meilleur moment.
Au fil de ce monologue d’une centaine de pages, le lecteur entre ainsi, par petites touches, dans la détresse d’un homme qui n’a pas réussi à se faire sa place dans le village où il vit. Et qui mise sur une course d’alpinisme pour obtenir enfin la reconnaissance et le respect auxquels il aspire depuis toujours. Sur la Course avec un C majuscule tant elle incarne à ses yeux l’occasion de revanche, de réhabilitation.
Mais la montagne est une amante exigeante et possessive qui s’accommode mal de la présence de Giulia dans la tête du narrateur. Surtout quand cette présence se teinte d’une culpabilité qu’on sent grossir au fil des pages. Car on devine petit à petit que le couple s’est disputé. Rien de bien grave à première vue, si ce n’est que ce conflit évoqué en filigrane restera à jamais leur dernière interaction, puisque Giulia est morte. Et un deuil, qu’on le veuille ou non, ça pèse sur les épaules. Même si un homme, ça ne pleure pas.






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