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Là où «Ça» coince

Norbert Creutz

Par Norbert Creutz · Publié le 20 septembre 2017 · 4 min de lecture

Là où «Ça» coince

Succès qui redonne des couleurs à un «box office» américain anémique, «It», le film au clown maléfique d'après Stephen King, n'en paraît pas moins l'exemple même de tout ce qui ne va plus avec Hollywood.

Ce n’est pas pour dire que tout était mieux avant, juste qu’il y a certaines choses qui ne s’arrangent pas. Le cinéma hollywoodien, par exemple. La preuve par Ça («It»), la très attendue adaptation du best-seller éponyme de Stephen King paru en… 1986. On l’aura deviné, il s’agit déjà d’un remake: réalisé par Tommy Lee Wallace en pleine «King mania» de l’époque (1990), l’original avait pris la forme d’un téléfilm en deux parties pour des raisons de longueur excessive. Plus si grave de nos jours. Comme tous les «blockbusters» actuels, fondé sur des «franchises» reconnaissables assurant un large public, la première partie du nouveau Ça dépasse déjà allègrement les deux heures. Pour mieux rendre justice aux plus de mille pages d’un roman qui avait déjà à l’époque des allures de somme de l’œuvre de King? C’est là que ça se discute.

Est-ce une affaire de génération ou de l’âge du cinéma lui-même? Toujours est-il que, de vaguement prometteur dans sa scène d’introduction, Ça nous est graduellement devenu de plus en plus insupportable, jusqu’à paraître symptomatique d’une dérive générale. De l’impression persistante de déjà vu à la fuite dans la surenchère, de l’accélération à l’empilement, du schématisme réducteur au déficit d’émotion, tout y est – pour un indice de satisfaction hautement discutable. In fine, tout dépend sans doute de votre tolérance au grand-guignol.

Tourneur oublié, King trivialisé

On a vanté ici-même il y a un mois l’art de la suggestion dans les films d’épouvante classiques de Jacques Tourneur (Cat People, I Walked With a Zombie, The Leopard Man). Soit une certaine manière de stimuler l’imagination, de convoquer nos terreurs les plus secrètes et de poser sérieusement la question de la croyance en le surnaturel. Tout un art mis à mal dans le testamentaire Night of the Demon, auquel un producteur indélicat avait cru bon de rajouter un monstre grotesque. Malgré les progrès fulgurants réalisés depuis en matière d’effets spéciaux, l’alternative est restée la même: soit vous suggérez soit vous montrez. A l’arrivée, c’est comme si Ça n’avait retenu que la leçon du producteur, soit de tout miser sur la «shock value», et tant pis pour les thèmes tout à fait valables du roman de King.

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