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La chronique, charme de paix, arme de guerre

JL K

Par JL K · Publié le 27 août 2017 · 11 min de lecture

La chronique, charme de paix, arme de guerre
© Matthias Rihs / Bon pour la tête

Contre la fuite du temps et la perte du sens, trois chroniqueurs à pattes d'écrivains modulent, sur des tons très personnels et des styles non moins vifs, cet art combinant travail de mémoire et commentaire des temps qui courent, almanach fantaisiste ou fronde résistante. Dans «Résumons nous», voici l'irréfutable Alexandre Vialatte retrouvé en ses débuts juvéniles dans l'Allemagne de la montée du nazisme, entre autres émerveillements saisonniers; avec «Mes indépendances», Kamel Daoud affronte les démons du terrorisme en Algérie et célèbre la belle et bonne vie; et Jean-Francois Duval se rit lui aussi des idéologies mortifères, tout en distillant un «Bref aperçu des âges de la vie» en épicurien doux-acide...

Sommaire

Alexandre Vialatte pourrait dire, à sa façon devenue parodique, que la chronique remonte à la plus haute Antiquité, à l’image de la femme des cavernes en veine de confidences et de son macho soucieux de marquer son nom aux Annales de la grotte.

La chronique, dont le nom suggère que Chronos la travaille au corps, et qui signale justement le désir de ne pas se laisser croquer par ce monstre vorace, est bel et bien tissée de temps humain, voire trop humain comme disait un philosophe à moustache de fil de fer: elle dit les faits, bienfaits et méfaits imputables à notre espèce dans une série linéaire précisément dite chronologique; elle déconstruit les fake news depuis la nuit des temps et rapièce tout autant de ces vérités momentanées qu’on dit éternelles; elle a varié de forme selon les empires et les tribus; elle ne s’est fixée dans notre langue qu’au XIXe siècle dans la forme que nous lui connaissons aujourd’hui encore, avec ses belles plumes de toute espèce et ses oiseaux bariolés plus rares, tel Alexandre Vialatte.

Or, l’image du sémillant Auvergnat de Paris, mordant contempteur du politiquement correct avant tout le monde, mais jouant le plus souvent sur l’érudition joyeuse et la gaîté cocasse en concluant invariablement que «c’est ainsi qu’Allah est grand» – cette image de fantaisiste à nœud pap’ élégant en prend un coup à la lecture de la première partie «allemande» des plus de 1300 pages de Résumons-nous, troisième volume, après les Chroniques de la Montagne, consacré à son œuvre par la collection Bouquins.

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