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L’invasion de l’imaginaire

Marie Céhère

Par Marie Céhère · Publié le 11 avril 2019 · 3 min de lecture

L’invasion de l’imaginaire
© Pixino

L'écrivaine parisienne Marie Céhère propose une analyse du style romanesque en quatre étapes et quatre questions.

Une longue Nuit Mexicaine est le récit, tantôt historique, tantôt fictif, de l’affaire de la «valise mexicaine»: trois boîtes contenant près de 4500 négatifs des photographes Gerda Taro, Robert Capa et David Chim Seymour, notamment de la guerre d’Espagne, perdus au cours de l’année 1939 et dans le chaos de l’exode, retrouvés intacts à Mexico au début des années 2000. La romancière Isabelle Mayault s’empare d’un sujet dont la réalité dépasse toutes les fictions imaginables. Un sujet tentant, et par définition miné, lorsque l’on marche sur le fil aiguisé du rasoir romanesque. Comment faire du faux avec du vrai? Le vrai n’est-il pas, finalement, trop flamboyant, trop encombrant, pour voisiner avec l’invention?

Le narrateur, Luca, surnommé Jamón par sa tante Greta, actrice et diva de son état, hérite de cette dernière après sa mort accidentelle une valise cabossée, dont elle n’avait jamais fait mention. Il découvre, sans savoir de quoi il s’agit, les négatifs perdus, et tente de remonter le fil de l’histoire, enchevêtré à celle de sa famille. Les propriétaires successifs de la «valise» paraissent tenus au secret par une exigence tacite, et l’objet lui-même ensorcelle Luca, le possède, le hante; tant qu’il se croit frappé d’une malédiction héréditaire et hésite longuement avant de montrer son trésor.

L’histoire de la valise mexicaine est une histoire à trous. Une succession de hasards invraisemblables mais bien réels. Un défi pour la romancière. Son projet, elle l’énonce en toute fin d’ouvrage. Il s’agit de faire parler les silences, de rendre raison des coïncidences, de rendre hommage, enfin, aux êtres anonymes ou non qui ont permis au contenu de la valise d’arriver jusqu’à nous. Cela implique, dans sa construction narrative, l’invention de personnages (Greta Ortega), la modification des noms (celui de Richard Wheelan, notamment, le biographe canadien de Capa), des existences (la trajectoire de Luca, l’héritier, une liaison amoureuse de Chim en Espagne), des caractères, et l’ajout de doses de réel (Cornell Capa, les théâtres de guerre en Espagne en 1936, le fait que la valise se trouvait bien à Mexico…).

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