L’éditeur qui cultive le deuxième degré


Marc Lamunière, grande figure de la presse romande, l’éditeur qui a construit – avec son cousin architecte – la tour de l’avenue de la Gare où se trouve aujourd’hui l’usine à journaux lausannoise de TAmedia. Il est le père de Pierre qui développa puissamment le groupe en Suisse et à l’étranger avant de le vendre. Le vif retraité aime peindre, jouer de la batterie et écrire. Il sort un recueil de nouvelles dont le titre dit tout de son esprit: «Deuxième degré». Des moments d’humour d’exception.
Ceux qui l’ont côtoyé dans l’ascenseur ne l’oublient pas: haute stature, regard indifférent que les plus avisés déchiffraient, car le patron montrait aussi parfois son talent de pince-sans-rire. Les lecteurs du Nouveau Quotidien se souviennent aussi de sa chronique, tenue en alternance avec François Nourissier: des histoires légères et cocasses, pimentées d’impertinence.
Quel personnage! Il faut le voir aujourd’hui, droit comme un i, à la rhétorique sobre et soignée, le visage sérieux, toujours en attente de révéler un sourire inattendu. Détail: Marc Lamunière va entrer dans sa 98ème année. Le secret de cette belle longévité? Il le révèle dans une moue hésitante: «Je me suis toujours efforcé de me tenir droit…» Faut-il se tourner vers la généalogie? Evoquer sa mère russe d’Odessa et son père autodidacte, Jaques sans c, qui jeta les bases de l’entreprise avant-guerre? On peut plutôt ajouter que cet homme a toujours aimé le bon vin, les voyages, le jazz, la peinture – qu’il pratique encore -, les livres et les femmes.
En fait de livres, il a dû beaucoup lire Maupassant. Car ces nouvelles très actuelles répondent aux lois du genre. Avec une chute drôle et surprenante à chaque fois. En quelques pages, tout un monde, des personnages crédibles. Même lorsqu’ils sont assez fous, comme ce débutant dans une entreprise de chasseurs de têtes qui ramène ses trophées découpés sur les cadavres. Le type était brouillé avec la notion de métaphore. L’une des figures du livre s’inspire de la réalité et des fantasmes de l’auteur.




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