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L’art qui disparaît dans la nuit des coffres

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 2 mai 2025 · 2 min de lecture

L’art qui disparaît dans la nuit des coffres

«Meurtre et spoliations d’un collectionneur - Des centaines de Renoir, Degas, Picasso et Matisse en déshérence», David Laufer, Editions Favre, 142 pages.

L’histoire est fascinante de ce jeune Serbe juif monté à Paris en 1936, assassiné par les nazis dans son pays peu d’années après. Ce passionné a travaillé pour «le plus grand marchand d’art de tous les temps», Ambroise Vollard, il s’est lié avec maintes célébrités et talents moins connus, Picasso, Matisse, Cocteau, Man Ray. Erich Chlomovitch illustre le génie et l’horreur de l’époque. David Laufer, Lausannois établi à Belgrade, fait plus que raconter ce destin, il en fait ressortir plusieurs dimensions troublantes. En 1939, Vollard décède, la guerre s’annonce. Le jeune Serbe possède déjà des centaines d’œuvres majeures. Quand les Allemands arrivent à Paris, il en transporte en hâte une partie dans son pays et en laisse une autre dans un coffre de banque. Ce trésor trimballé et disputé de toutes parts révèle à la fois l’immense appât du gain qu’il suscite et le mépris de sa noble fonction culturelle. Laufer en sait beaucoup sur Chlomovitch bien que tant de points restent énigmatiques. Le Lausannois a travaillé autrefois pour le Musée de Belgrade où se trouve encore une partie de la collection, sauvée dans des circonstances dramatiques. Mais ces œuvres sont exposées discrètement, jamais prêtées à l’étranger, parce que convoitées par les ayant-droits de Vollard et ceux des lointains héritiers de la famille du jeune collectionneur. Une tumultueuse bataille juridique est en cours. En conséquence tout un pan du trésor reste dans les coffres de la Société générale à Paris. En partie dispersé lors d’une vente aux enchères en 2010. Ce livre aux péripéties haletantes jette un regard impitoyable sur le marché de l’art. Quand les toiles prestigieuses sont considérées comme des lingots d’or, cachées comme tels, c’est le public qui en est privé. Il y a certes de généreux collectionneurs mais aussi tant de rapaces. Et quand ceux-ci se battent entre eux, leurs proies disparaissent plus encore dans une nuit insondable. 

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