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Grande convergence. Ou profondes divergences?

Guy Mettan

Par Guy Mettan · Publié le 30 juin 2023 · 3 min de lecture

Grande convergence. Ou profondes divergences?
La bourse de Pékin. - © N509FZ - CC BY-SA 4.0

Où en est-on dans l’évolution de la richesse des nations? Depuis le fameux traité d’Adam Smith à la fin du XVIIIème siècle, le monde a traversé trois étapes de plus ou moins grandes inégalités entre nations, analyse l’économiste Branko Milanovic dans le dernier numéro de «Foreign Affairs» (The Great Convergence. Global Equality and Its Discontents, 14 juin 2023).

Alors que la richesse des nations était plus ou moins égale avant la révolution industrielle (une différence de 1 à 5 entre le pays le plus riche, l’Angleterre, et le plus pauvre, le Népal), les inégalités globales ont explosé entre 1820 et 1950, avec un différentiel de 1 (Etats-Unis) à 100 (pays colonisés d’Asie et d’Afrique). Le phénomène s’est encore accentué dans la seconde moitié du XXème siècle, l’avènement d’un deuxième monde (le camp socialiste) ne suffisant pas à tirer vers le haut le troisième (le tiers-monde tout juste décolonisé). Tout a changé à partir des années 2000 avec le développement de la Chine et, avec un moindre effet statistique, des tigres asiatiques. L’indice global de Gini (l’indicateur du niveau d’inégalité pour une population et une variable données) a ainsi baissé de 69,4 points en 1988 à 60,1 en 2018. Dans le même temps, la masse des personnes affluentes (les 5% les plus riches) a crû de 207 millions à 330 millions d’individus dans le monde, dont une part croissante de Chinois urbains (5%), les Occidentaux, Japonais inclus, formant encore le gros du peloton des plus riches avec 80%.

Un constat plutôt réjouissant et banal, direz-vous. C’est vrai. Sauf que cette «grande convergence» masque deux tendances qui ne seront pas sans conséquences pour nos pays. La première est le glissement en faveur de la Chine, et à terme de l’Inde. Au rythme actuel, la Chine comptera autant de gens «affluents» que les Etats-Unis, et l’Asie dans son ensemble que l’Europe dans une ou deux décennies. Or cette évolution est porteuse d’énormes changements économiques, technologiques et culturels car ce sont les couches affluentes qui façonnent la société. Il faudra s’habituer à vivre au rythme de la K-Pop et de l’opéra de Pékin plutôt que sur celui de Hollywood et de Bayreuth. Mais il faudra aussi se résoudre à accepter que les règles internationales, des standards industriels aux normes légales, soient de plus en plus influencées par d’autres cultures. Ce qui est loin d’aller de soi si l’on en juge par l’obsession de l’Occident à s’agripper à ses usages.

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